HAIKU DU COEUR N° 262

En passant

HAIKU DU COEUR N° 262

Colza en fleur

Sous ma fenêtre un éclat jaune

Colza en fleur

Clair crépuscule d’un printemps de brume

Natsume Sôseki

1867 – 1916

Sans doute que comme moi vous avez eu l’occasion ces jours-ci de vous émerveiller devant le spectacle magnifique des champs de colza, tous plus éclatants les uns que les autres sous le bleu des ciels azurés en ce printemps festif en couleurs. C’est la fête des couleurs, le jaune vif en particulier mais aussi le mauve des lilas que nous aurons l’occasion d’évoquer une prochaine fois.

Que les mots naissent d’une exaltation nous le savions et ce haïku qui émerge, commence par cheminer sous la plume d’un Maître : Natsume Sôseki en l’occurrence. Puis, il va se répandre de lèvres en lèvres chez les initiés ou tout simplement les amoureux de la nature.

Rappelons-nous que Sôseki dont l’oeuvre est venue enrichir quelques-unes des pages de la rubrique Haïkus du Coeur, est considéré comme un très grand écrivain et poète dans son pays. Chantre du temps qui passe, il est auteur classique par excellence autant par ses récits et romans que pour ses haïkus. On peut affirmer qu’une bonne partie de sa vie est passée à la postérité grâce à ses écrits ; ainsi, près de 2500 haïkus de sa composition sont passés de l’instant à l’éternité.

Sôseki est l’auteur d’une myriade de contemplations déclinées en haïkus à lire et relire comme des bribes d’un passé qui grâce à sa plume, respirent encore.

Jean Le Goff

22 avril 2017

Bibliographie :

  • Haîkus de Sôseki ; éditions Philippe Picquier poche ; Paris 2009 ; 140 pages.

HAIKU DU COEUR N° 261

En passant

HAIKU DU COEUR N° 261

JOYEUSES PÂQUES !

Regarder en l’air

les fleurs voler

pour être heureux

Kito Akiyoshi

Goûtons à ce haïku car nous voici à l’époque du hanami, coutume traditionnelle qui consiste à  » regarder les fleurs  » au Japon.

Sous nos latitudes, voilà le week-end pascal et un tout autre rituel qui s’offre à nous.

Mais l’une de ces traditions n’exclut pas l’autre, il suffit effectivement de lever les yeux pour s’émerveiller d’une pluie de pétales de cerisier.

Nul besoin d’y ajouter quelque chose : l’extase est totale, alors Joyeuses Pâques à toutes et tous et… au plaisir !

Jean Le Goff

15 avril 2017

Bibliographie :

  • Haîkus d’aujourd’hui / La lune et moi ; traduit du japonais et présenté par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku ; Points ; Paris 2011 ; 140 pages.

HAIKU DU COEUR N° 260

En passant

HAIKU DU COEUR N° 260

Magie du haïku

Le bleu de l’azur

et le rouge des fleurs de prunier

me suffisent

Shô Hayashi

Voilà très précisément un instant de vie qui correspond à notre quotidien en ces premiers jours de printemps. Grâce au talent de son auteur, il illustre la faculté que possède le haïku de traduire l’éphémère tout en manifestant un caractère d’universalité.

Trois vers et tout est dit et en particulier cette fièvre de beauté que le printemps déploie sous nos yeux et dans nos têtes. De cette extase naît un sentiment de satisfaction de voir Dame Nature revivre, rejaillir comme une source vive et claire.

Le drame serait de passer à côté de ces spectacles enchanteurs que la saison nous réserve. Le drame serait de ne pouvoir ni voir, ni sentir, ni entendre, ni toucher, ni goûter. Le drame serait de perdre l’un ou l’autre sens et de percevoir une altération, un manque, une dépossession.

Le haïku résulte d’une ouverture des sens. De cette ouverture émerge une petite musique en trois temps, quelque chose qui s’extrait de la nuit pour devenir humain, terriblement humain.

Vive le printemps, vive le haïku et… au plaisir !

Jean Le Goff

08 avril 2017

Bibliographie :

  • Haïkus d’aujourd’hui / La lune et moi ; traduit du japonais et présenté par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku. Points. Paris 2011. 140 pages.

HAIKU DU COEUR N° 259

En passant

HAIKU DU COEUR N° 259

L’heure du printemps a sonné

Début de printemps –

Je mets la pendule

à l’heure

Takaki Ono

Les uns mettent leur chapeau fleuri, les autres mettent leur pendule à l’heure : pour tous ceux-là, l’heure du printemps a sonné. D’ailleurs, cela ne vous a pas échappé, nous avons dû changer d’heure le week-end dernier. Passer à l’heure d’été disent les puristes.

C’est cette nuit-là que l’on se sent spolié de quelque chose, d’autant que pour être honnête, nombre d’entre nous, malgré l’ancienneté de la mesure, n’ont toujours pas intégré son bien-fondé. Mesure étrange et qui fait prendre conscience du temps qui passe et accessoirement des vessies pour des lanternes.

Si on nous a dérobé une heure le week-end dernier, pour ma part, je me trouve affublé d’une année supplémentaire ce jour d’hui, sans blague, sans crier gare, ni sans pavoiser…

Heureusement il y a la pratique du haïku pour souligner l’éphémère et donner sens à ce tourbillon dans lequel nous nous sentons parfois embarqués. Laissons-nous embarquer par le haïku et le temps s’en trouvera jalonné.

Le printemps est la saison du haïku par excellence : je sais, c’est un parti-pris mais qu’importe, c’est pour moi la saison qui en faisant roucouler les fleurs, fait aussi chanter les poètes.

Jolis haïkus à vous et … au plaisir !

Jean Le Goff

1er avril 2017

Bibliographie :

  • Haïkus d’aujourd’hui / La lune et moi ; traduit du japonais et présenté par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku ; éditions Point ; Paris 2011 ; 140 pages.

HAIKU DU COEUR N° 258

En passant

HAIKU DU COEUR N° 258

LES COULEURS DU PRINTEMPS

Les couleurs de l’arc-en-ciel

dans la mousse du shampoing –

le printemps commence

Chizuko Takuda

C’est un de ces haïkus un peu burlesques comme on les aime et qui souligne de leur frivolité et de leur insouciance des jours heureux. C’est un de ces jours où le temps s’écoule sans heurt ni malheur et où, soudainement, on est frappé par un phénomène insolite comme ces couleurs qui viennent égayer la mousse du shampoing et distraire l’observateur mal inspiré.

Au printemps, les couleurs sont à la fête, c’est bien connu. Le jaune des mimosas rivalise avec celui des forsythias. Le rouge d’un camélia vient provoquer en intensité celui des tulipes. Il y a le bleu des muscaris qui tente de se faire voir et le mauve des bruyères de se faire entendre.

L’oeil va quérir l’extase dans les ramures de magnolias et on se prendrait à implorer le ciel pour qu’il n’y ait pas de vent pour ne pas déstabiliser ces pétales si fragiles et si beaux. Déjà les mimosas se flétrissent mais le blanc éclatant des aubépines ne laisse aucun répit pour les remords.

Et, tout d’un coup, le regard se pose sur le rouge intense d’une fleur dans un camélia rose  : c’est l’exception, l’anachronisme, la corolle égarée d’une mutante, le pied de nez que la nature fait au passant.

Jean Le Goff

25 mars 2017

Bibliographie :

  • Haïkus d’aujourd’hui / La lune et moi ; traduit du japonais et présenté par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku. Points. Paris 2011. 140 pages.

HAIKU DU COEUR N° 257

En passant

HAIKU DU COEUR N° 257

BOUQUET DE PRINTEMPS

J’attends le printemps

le printemps là,

dans mon coeur

Kitô Akiyoshi

Il est là, il est presque là : le printemps nous arrive avec des parfums de jacinthes, les éclats rouges des camélias, les étincellements des fleurs de forsythias, la douceur de l’air; comme un baume bienfaisant sur les affres du passé.

Le printemps nous réconcilie avec la nature que l’on croyait hostile. Il nous exalte en silence comme la promesse d’une renaissance que rien ne stoppera. Comme le dit Kitô Akiyoshi, voilà que soudainement il occupe notre coeur …

Grappes de mimosas

C’est du fond du jardin

que l’hiver recule

Jean Le Goff

Laissons-nous embarquer avec l’Ami Jacques, … , émotion garantie !

Au printemps, au printemps,

et mon coeur, et ton coeur,

sont repeints au vin blanc …

Jacques Brel

Jean Le Goff

18 mars 2017

Bibliographie :

  • Haïkus d’aujourd’hui / La lune et moi ; traduit du japonais et présenté par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku. Points. Paris 2011. 140 pages.