HAIKU DU COEUR N° 5

Langueurs automnales

Dans « Chanson d’Automne », Paul Verlaine, évoque magistralement :

« Les sanglots longs
des violons
de l’automne « 

« Voilà presque un haïku  » déclare Maurice Coyaud dans « Fourmis sans ombre ». Et chacun de s’émouvoir en s’interrogeant sur ce que sont ces sanglots longs.

Peut-être y retrouve-t-on l’état d’esprit qui s’en rapproche dans le haïku suivant ?

A chacun
sa tristesse
oies sauvages dans le ciel

Ce tercet est l’oeuvre de Takao Fujiwara. Son apparente simplicité renvoie à une multitude de questions. A quel abattement conduit le vol des oies sauvages ? Ce chagrin formulé ici, est-il communément partagé et pourquoi ?
Force est de constater qu’en cette période de l’année, le phénomène génère depuis les temps les plus reculés les mêmes sentiments chez ceux qui l’observent. L’altitude à laquelle il s’opère, la forme de l’équipée dans le ciel, la période automnale, provoquent une certaine nostalgie.
Quasi-instinctivement notre interprétation de ce vol d’oies sauvages se manifeste comme le pressentiment d’un avenir plus triste, plus gris, plus terne voire plus dangereux, comme si les oies toutes seules portaient sur leurs ailes, le soleil, la chaleur, la luminosité et que leur passage nous projetait instantanément dans l’hiver.
L’oie est considérée dans certaines cultures comme messagère vers un autre monde, son vol nous sert de symbole entre le ciel et la terre.
Par ce haïku, Takao Fujiwara suggère que le vol des oiseaux sauvages participe aux langueurs automnales comme « les sanglots longs » chers à Paul Verlaine en cette même saison.

Jean Le Goff

17 novembre 2012

Sources :

– Le haïku de Takao Fujiwara est extrait de « La Lune et moi » Choix de haïkus de la revue Ashibi traduits et adaptés du japonais par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku. Editions Points. Juin 2011. Paris. 138 pages.
– La remarque vis-à-vis du poème de Paul Verlaine est extraite de « Fourmis sans ombre / Le livre du haïku Anthologie-promenade de Maurice Coyaud. Editions Phébus. Paris 1978. 312 pages.
– Chanson d’automne de Paul Verlaine

2 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 5 »

  1. Pour répondre à Jean sur son Haïku « coup de coeur n°5, et tout d’abord l’en remercier.
    Je dirai que l’oie évoque pour moi, le retour au nid, le voyage chaque fois recommencé pour revenir à la naissance. Dans le cas de cet afro-américain Richard Wright, exilé à Paris, ce n’est plus de nostalgie dont il s’agit, mais d’un mal être, d’un mal vivre loin de chez lui qu’il note dans quelques 817 haïkus consignés au jour le jour,mais qui ne seront publiés que 38 ans après sa mort.

    Bien au-dessus du
    navire des immigrants
    Des oies en partance

    High above the ship
    on wich immigrants sails,
    Are departing geese

    L’on voit bien que l’exil est toujours d’actualité, et que les migrants eux-aussi aujourd’hui, on fait une croix sur le retour au pays !
    N’écrit-il pas le 30 Mars 196O, huit mois avant sa mort :
     » Bien sûr je ne veux pas qu’il m’arrive quoi que ce soit, mais, si c’est le cas, mes amis sauront exactement d’où cela vient »…. Du point de vue des Américains, je suis pire qu’un communiste… Ils m’ont demandé maintes et maintes fois de travailler pour eux, mais je préférerais mourir… »

    C’est toute une vie contrainte qui filtre dans ces modestes écrits poétiques sous le titre :
    Cet autre monde, en édition bilingue à la Table Ronde- édition.

  2. Merci Jean pour ce joli coup de cœur !
    Pour nous autres, « Orientaux de culture chinoise », l’oie sauvage est l’oiseau qui apporte des lettres.
    C’est d’après cette légende qui raconte que Su Wu, l’ambassadeur d’un empereur Han*, fut retenu prisonnier par le chef des barbares nomades Xiongnu qui l’exila ensuite dans les steppes comme gardien de chèvres, tout en annonçant mensongèrement à l’empereur que son ambassadeur était décédé ; l’empereur n’y croyait guère et gardait fermement l’espoir de retrouver son fidèle sujet ; enfin, un jour à la chasse, il réussit à abattre une oie sauvage qui porta un message écrit de Su Wu ; devant la preuve formelle que celui-ci était bien vivant, l’empereur put alors exiger sa libération et son retour ; depuis, l’oie sauvage était devenue, en tant que symbole, la messagère qui apporte des nouvelles des êtres chers éloignés

    * Dynastie chinoise régnant de 206 avant JC à 220 après JC.

    Bien amicalement.
    Dông Phong

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