HAÏKU DE COEUR N° 14

le liseron du soir
la grâce
des choses cachées

Chiyo ni (1703-1775), trad. CHENG WING fun & Hervé COLLET

 

夕顔や
物のかくれて
うつくしき

yûgao ya
mono no kakurete
utsukushiki

Il existe bien des formes de haïku. Beaucoup sont simplement descriptifs ou contemplatifs. Mais il semble que les plus aboutis soient les moins bavards, ceux qui épurent le langage, se contentant d’effleurer la page d’une esquisse.

Comme la fleur de liseron qui, le soir venu, préserve l’intimité de ses formes en refermant sa corolle, le haïku se doit de garder une part de mystère. Ainsi, ne dévoilant pas d’emblée tous ses attraits, il invite les lecteurs et lectrices à se pencher sur lui un peu plus longtemps, à se questionner,  à ébaucher des hypothèses, à projeter leur propre sensibilité sur les mots pour permettre au(x) sens d’éclore. Que l’auteur.e capable d’octroyer cette liberté à ceux et celles qui le/la lisent fait alors preuve de grâce et d’élégance ! Chiyo ni le sait bien qui acquiescerait volontiers sans doute aux paroles de Maurice Coyaud rappelant ainsi l’idéal japonais du yûgen (ou « ineffable ») :

ne pas dépasser le seuil de la simple suggestionlaisser les portes du sens grandes ouvertes.

 

Danièle Duteil

2 réflexions au sujet de « HAÏKU DE COEUR N° 14 »

  1. Oui, c’est la grâce ineffable des choses « senties ».
    Le profond dans l’éphémère.
    Merci Danièle de l’avoir rappelé.
    Bien amicalement.
    Dông Phong

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