HAÏKU DU CŒUR N°17

 

務民之義

敬鬼

而遠之

Confucius, Entretiens, VI, 20

 

Transcription en vietnamien romanisé :

Vụ dân chi nghĩa

Kính quỷ thần

Nhi viễn chi

 

Traduction :

Remplis tes devoirs d’homme

Respecte les dieux et les esprits

Mais tiens-toi à distance

 

Il est courant de lire dans la littérature occidentale que les trois religions de « l’Asie jaune » (Chine, Corée, Japon, Viêt Nam) sont le taoïsme, le bouddhisme et le confucianisme.

Mais c’est une mauvaise interprétation de l’expression chinoise 三敎 (san jiao) qui signifie en fait trois doctrines, car pour dire religion il faut préciser 尊敎 (zun jiao).

C’est dans cette compréhension erronée que les premiers missionnaires jésuites des XVI-XVIIèmes siècles ont qualifié le confucianisme de religion à côté du taoïsme et du bouddhisme qui, eux, sont de vraies religions avec leur panthéon et leurs rites.

Au contraire, le confucianisme, tout comme la philosophie politique de Platon, est un enseignement de morale laïque. Et le célèbre aphorisme de Confucius cité ci-dessus est là pour nous le rappeler : les confucéens doivent privilégier leur raison, leur substance intellectuelle, contre toute croyance non rationnelle.

Dans cet esprit, Confucius prônait un programme original d’éducation individuelle et citoyenne qui, à l’origine, était destiné aux princes, et ensuite largement propagé dans le peuple : « D’abord je me perfectionne ; instruit, je gérerai ma famille ; ma famille gérée, je conduirai l’État ; l’État bien gouverné, je pacifierai le monde ». Ainsi, tous les étudiants chinois et vietnamiens aspiraient à réussir leurs « concours triennaux de lettrés » qui ouvraient la voie au mandarinat, c’est-à-dire à la Fonction Publique. Et cette ardeur aux études, comme « ascenseur social », perdure jusqu’à maintenant.

À la décharge des premiers missionnaires, leur erreur d’interprétation provenait de l’existence des Temples de la littérature qu’on voit encore aujourd’hui dans de nombreuses cités en Chine et au Viêt Nam. On y honore Confucius entouré de ses disciples, non pas comme un dieu avec ses saints, mais en tant que le maître fondateur d’un métier, dans le cadre du culte (laïc) des ancêtres.

 

Enfin, chers ami(e)s, je vous souhaite un Joyeux Noël, tout en espérant que je ne vous ai pas trop ennuyé(e)s avec mes « chinoiseries » !

Dông Phong

Temple de la littérature Diên Khanh

Temple de la littérature de Diên Khánh, près de Nha Trang (Centre Viêt Nam)

(Photo de DP)

Source :

Séraphin Couvreur, S.J., Les quatre Livres de Confucius (original de 1895), réédition de Kuangchi Press, Taichung, Taiwan, 1972, 748 p.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s