HAIKU DU COEUR N° 28

LE SILENCE SELON SHIKI

Peut-être que sans Shiki, le haïku serait resté à l’état d’un aimable divertissement au Japon et par suite en Occident ?

Shiki naquit en 1867. Au cours de ses études à Tokyo, il créa une école de haïkus, se mit à publier des recueils et produisit plusieurs articles et une revue de poésie.

Considéré au Pays du soleil levant comme celui qui redonna au haïku ses lettres de noblesse, il convenait ici d’évoquer une de ses oeuvres, je vous propose celle-ci :

Un tel silence.
La trace d’un canard mandarin
Sur la neige.

Le couple de canards mandarins est dans tout l’Extrême-Orient synonyme de l’union et du bonheur conjugal. Mâle et femelle se déplacent de concert dans la nature et l’imagerie populaire, les estampes d’Hiroshige par exemple, les font apparaitre toujours radieux et heureux de vivre.

Dans le haïku de Shiki, le silence s’est instauré du fait du manteau neigeux certes, mais aussi parce qu’on ne discerne la trace que d’un seul canard mandarin. Est-ce que la rigueur hivernale a eu raison de la santé de l’autre ? Est-il resté groggy dans quelque niche où le froid le met en péril ? Les deux amoureux se sont-ils perdus dans cet environnement devenu hostile ?

Seul le silence apporte une réponse. Concrètement, le manteau neigeux devient ici symbole de l’absence.

Shiki vouait une profonde admiration à Buson, peintre et poète et que nous avons croisé dans Haïku du Coeur n° 27. Lui-même étudia la peinture chinoise et ce poème révèle son goût du tableau, de la gravure. Une simple trace suffit à suggérer la solitude exacerbée par les rigueurs du climat.

Shiki mourut prématurément à l’âge de trente-six ans. Le silence qu’il dépose ici est aussi profond que peut l’être une congère de neige.

Jean Le Goff

9 février 2013

Haïku extrait de : Les Grands Maîtres du haïku : Bashô, Issa, Buson, Shiki, Taïgi. Ouvrage présenté par Erik Sablé. Editions Dervy. Paris 2003. 112 pages.

2 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 28 »

  1. Hello Choupie,
    Oui, tu as peut-être raison, c’est une version plausible à laquelle je n’avais pas songé car elle se démarque de l’atmosphère générale du haïku.
    Les silences de Shiki sont gorgés de suppositions, ce qui en fait tout l’intérêt.
    Amitiés

    Jean

  2. Ne serait-ce pas plutôt que l’un des deux marche dans les traces de l’autre ?
    Ce sentier neigeux
    tes pas l’ont marqué
    — mes pas dans les tiens

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