HAÏKU DU CŒUR N°46

Après les chrysanthèmes

hors le navet long

il n’y a rien

 

Bashô (1644-1694)

 

« Dans la Visite du temple de Kashino, Bashô écrit […] : ‘‘Nous restâmes assis tout un long moment dans le plus extrême silence’’.

La langue, mais aussi cet « extrême silence » qui la pénètre de sa lumière. Le langage, car pourquoi se refuser à la force qui organise le lieu, qui aide la vie à survivre : mais pour autant que cette forme ne compte pas davantage que celle des fleurs que l’on aime mais sans qu’on prête de sens aux découpes de leur corolle. C’est cette double intuition que me paraît dire un des haïkus les plus difficiles, et précisément parce qu’il s’approche de ce qu’elle a d’indicible.

[…] et n’est-ce pas signifier que la forme qui a réalisé, floralement, son possible, et s’est faite ainsi la belle structure qui capte notre attention, n’accède pas pour autant à ce que l’Occident en induit alors si fréquemment : une sorte d’être, quelquefois même estimé réalité supérieure ? On peut apprécier pleinement le somptueux chrysanthème, on peut semblablement, jardiniers attentifs des mots, aider à s’épanouir l’autre fleur, la langue aux mille diaprures qui semblent aussi bouger autour d’un centre invisible ; mais au seuil de l’hiver, et de ses besoins et tâches plus humbles, la masse bossue, quasi hors-langage, du ‘‘navet long’’, va rappeler que ce qui décourage la verbalisation a autant d’être, si c’est le mot, que ce qui la favorise ; et que l’un et l’autre, c’est même rien ». Yves Bonnefoy*.

Que voulez-vous ajouter d’autre à ce commentaire ? Rien !

Dông Phong

* Le texte d’Yves Bonnefoy ainsi que le haïku de Bashô sont extraits du recueil de Roger Munier, HAÏKUS, Anthologie (1978), Réédité par Fayard en 2006, pp. 22-23 et 191.

basho_by_hokusai

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bâsho par Hokusai

(Source : http://www.chuadonghung.com/viet/van-hoc/tho/309-basho-va-coi-tho-thien-haiku )

2 réflexions au sujet de « HAÏKU DU CŒUR N°46 »

  1. Billet intéressant, Dông Phong sur ce haïku de Bashô sur l’hiver!..Rien à dire sauf peut-être, à le rapprocher de celui d’Osho….sur le Printemps

    assis en silence sans rien faire
    le printemps vient
    et l’herbe pousse toute seule

    Bonnes Fêtes de Pâques, ami!
    Claudie

    • Chère Claudie, je suis toujours impressionné par le dépouillement de la pensée de ces moines.
      Mais demain, et je l’espère aussi pour toi et pour tou(te)s les autres, je vais me gaver de chocolat !
      Joyeuses Pâques !
      Dông Phong

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s