HAIKU DU COEUR N° 49

DU BAUME AU COEUR

J’ouvre la fenêtre
la fenêtre pleine
de printemps

Santoka (1882-1940)

Ce texte pourrait s’apparenter à une exhortation façon méthode Coué par les temps qui courent. Dans toutes nos belles régions, le printemps tarde à se manifester et j’ai pensé qu’à défaut de le faire venir, ce haïku pouvait nous remettre du baume au coeur.

Il est l’oeuvre de Taneda Shoïchi dit Santoka, patronyme qui signifie « le feu sur la montagne ». Cet auteur se rangea dans un courant haïjin qui prônait l’abandon du rythme 5/7/5 du haïku ainsi que du kigo (mot de saison)), défendant une forme complètement libre du plus petit poème du monde.

Force est de constater que l’oeuvre retenue aujourd’hui est un contre-exemple à ces préconisations, puisqu’en particulier, le mot de saison y figure comme vous pouvez le constater. L’image irradiant ici, quant à elle, inspire le bonheur, la plénitude. Cependant, si vous avez l’occasion de parcourir le biographie de Santoka, vous pourrez percevoir combien son existence fut émaillée de malheurs.

L’un des conséquences de ces travers fut la fâcheuse tendance de l’auteur à user et abuser du saké. Il serait à ranger dans la catégorie de ceux qui s’enivrent parce que « châtiés par la vie » selon l’expression de Pierre Jakez Helias dans le Cheval d’orgueil.

A la fin de son existence, Santoka écrit :  » Mais même si je ne bois rien et mange rien, jamais je ne néglige de composer des haïkus « . L’art du haïku habita Santoka jusqu’à son dernier souffle. Ce souffle est la poésie même, il transcende les années, longtemps après on ne peut qu’admirer cette inspiration :

J’ouvre la fenêtre
la fenêtre pleine
de printemps

à défaut de printemps, aujourd’hui nous dirons que la fenêtre est pleine de la musicalité des oeuvres de Santoka.

Jean Le Goff

6 avril 2013

Le haïku et la formule de Santoka sont issus de l’ouvrage :

Santoka
zen saké haïku
poèmes choisis et traduits du japonais par Cheng Wing fun et Hervé Collet. Editions Moundarren 78940 Millemont. 2003. 136 pages.

4 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 49 »

  1. Claudie associe le mot « plénitude » à ce haiku, j’ai du mal à en faire autant , bien sûr le printemps « remplit  » ce « cadre » mais le sentiment de l’auteur (ou de moi lectrice…) serait plutôt le contraire de la plénitude ..
    côté intérieur (la maison comme reference au coeur, au sentiment, à l’individu ) semble vide de sens, triste et sombre, enfermé, solitaire,
    l’extérieur grouillant de vie, de beauté, d’amour, de « demain » ..
    l’action d’ouvrir comme un geste de survie

    mais c’est un superbe haiku qui dit tout en seulement 4 mots ..

    en écho , mais sans avoir réussi à en tirer un haiku , ci dessous un petit « poème » que j’avais écrit il y a quelques temps :
    http://infinitesimal.eklablog.com/renouveau-a3457791

    merci Jean

    • Merci Yvette, vide d’un côté, grouillant de l’autre… ? Est-ce ainsi que les hommes vivent… ? Ouvrir la fenêtre c’est vivre tout simplement, il y a tant de choses à partager.
      Amitiés et à très bientôt

      Jean

  2. Bonjour, Jean

    Merci pour votre article que j’ai vraiment aimé! Outre musical par ses jolies assonances, le haïku de Santoka est prophétique! Aujourd’hui, dans le Sud, le Printemps était là avec un beau soleil….hélas, demain, la météo a annoncé encore la pluie!…mais, je garderai l’image de plénitude qui se dégage, j’en conviens, du haïku de Santoka!

    Bonne journée à vous!

    Claudie

    • Merci Claudie pour ce commentaire fort à propos, je suis sûr que le printemps finira par se manifester, Santoka nous aide à patienter.
      Amicalement

      Jean Le Goff

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