coup de coeur d’ailleurs 2

Thuở trời đất nổi cơn gió bụi,

Khách má hồng nhiều nỗi truân chiên.

 

Quand le ciel et la terre soulèvent le vent et la poussière,

La gent aux joues roses souffre de tant de misères.

 

Ce sont les deux premiers vers de Chinh phụ ngâm (Complainte d’une femme de guerrier), la traduction en écriture démotique nôm, et en 412 vers, par Đoàn Thị Điểm (1705-1746) du texte originel de 473 vers en caractères chinois de Đặng Trần Côn (1710-1745 ?). Tous les deux étaient de grands poètes de l’ancien Viêt Nam.

Cette poignante complainte exprime les souffrances que les femmes, de toutes les époques et de tous les continents, subissent en temps de guerre.

Elle est, chronologiquement, la première des trois œuvres du même registre qui ont marqué la littérature classique du Viêt Nam, les deux autres étant :

Cung oán ngâm khúc (Complainte du gynécée royal), poème de 356 vers en nôm de Ôn Như Hầu Nguyễn Gia Thiều (1741-1798),

Tự tình khúc (Confidences scandées), longue complainte de 608 vers en nôm, écrite en prison dans les années 1860 par Cao Bá Nhạ (?-?), un neveu du célèbre poète-rebelle Cao Bá Quát (1809-1854) qui fut tué au cours d’une sanglante bataille contre les armées de l’empereur Tự Đức.

Đoàn Thị Điểm (1705-1746), originaire du Kinh Bắc (actuellement province de Bắc Ninh, au nord-est de Hanoi), était une des rares femmes lettrées (comme Bà Huyện Thanh Quan, Hồ Xuân Hương) qui ont marqué la poésie de l’ancien Việt Nam, où les femmes, aussi instruites et savantes fussent-elles, n’étaient pas autorisées à se présenter aux concours triennaux de lettrés qui menaient les lauréats au mandarinat.

La traduction de Đoàn Thị Điểm, qui a éclipsé le texte originel en chinois de Đặng Trần Côn, utilise, tout comme les deux autres complaintes, la prosodie song thất lục bát ou double sept six huit, c’est-à-dire des groupes successifs de quatre vers ayant respectivement 7, 7, 6 et 8 pieds. Dans cette forme poétique, les tons « plains » et « accentués », qui caractérisent notre « langue chantante », ont des positions fixées dans chaque vers. En outre, cette prosodie spécifiquement viêtnamienne présente des rimes caudales et dorsales croisées. Comme résultat, ces contraintes formelles, très ardues, offrent un rythme et une musicalité évoquant des sanglots, qui sont propices à la mélancolie et bien adaptés aux complaintes.

Dông Phong

01b Femme de guerrier - Copie

 Peinture de Mạnh Quỳnh, 1942.

2 réflexions au sujet de « coup de coeur d’ailleurs 2 »

  1. Cher Dông Phong

    Un billet intéressant sur le plan culturel, humain, littéraire et pictural sur la condition de la femme en temps de guerre. Il a toute sa place dans cette rubrique. J’ai bien aimé la métaphore « gente aux joues roses » pour décrire la gente féminine, la peinture qui dégage beaucoup de douceur et nostalgie ainsi que les explications sur les particularités de la prosodie vietnamienne. Merci pour ce point de culture!

    Bien amicalement
    Claudie

    • Merci, chère Claudie, d’avoir apprécié cette rubrique.
      J’espère que ma traduction de la complainte sera un jour publiée dans sa totalité.
      Bien amicalement.
      Dông Phong

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