HAIKU DU COEUR N° 59

LE HAIKU DU ROSSIGNOL

Evoquons à présent le chant du rossignol ; il fera suite à celui du coucou et contribuera peut-être à nous consoler puisque de l’avis quasi-unanime ce printemps 2013 n’est décidément pas à la hauteur de nos espérances.

Pour se faire, j’ai retenu le haïku suivant :

le rossignol
du rêve m’a réveillé
ma bouillie de riz du matin

oeuvre du moine, ermite, poète et calligraphe Ryôkan Taigu (1758 ou 1757 ? – 1831), plus connu sous le nom de Ryôkan et que nous avons croisé dans un Haïku du Coeur précédent avec un billet intitulé Conte de la sagesse ordinaire.

Le rossignol est universellement connu pour la clarté de son chant et Ryôkan le souligne ici puisqu’il émerge non pas de la réalité mais du rêve. Particulièrement réputé au Japon, l’oiseau magicien a la vertu d’éloigner les dangers que le jour fait renaitre.

Ryôkan Taigu reçut ce nom de son entourage ; ce patronyme peut se traduire comme « esprit simple au grand coeur », ou de manière plus cavalière : « grand benêt bien gentil ». Mendiant sa nourriture, marchant et pratiquant la méditation, Ryôkan se refusa toute sa vie à dispenser un enseignement ou à exercer quelque prêche que ce soit.

Il demeure encore de nos jours comme le personnage-culte sacralisant les vertus de compassion et de simplicité. Ce qui frappe dans son oeuvre c’est l’introspection qui s’en dégage. Ryôkan symbolise le sens de l’écoute que l’on peut déployer vis-à-vis de ses propres sensations autant que des évènements qui se produisent dans son proche environnement.

De cette vie ascétique : « ma bouillie de riz du matin », on retiendra la constance dès le plus jeune âge. Dans l’excellente note biographique de l’ouvrage intitulé Ryôkan : pays natal, il apparaît que lorsqu’il était enfant le futur poète subissait les sarcasmes des villageois qui le surnommèrent « Lampe allumée en plein jour », comme pour dénoncer son inutilité.

Le rossignol, lui non plus n’apparait pas très attrayant de prime abord, pourtant, dès qu’il se met à chanter, c’est un peu de notre âme qui s’envole. Parfois certains poètes et chanteurs se mesurent à ce chant et peut-être que dans son rêve le rossignol de Ryôkan déclamait de la poésie comme un homme serait heureux d’en offrir lui-même?

Rarement vu au milieu des feuillages, le rossignol se dissimule, vit en ermite en quelque sorte et son chant à cette époque de l’année, est révélatrice de la saison des amours. Mais il y a toujours aussi une touche de nostalgie autour de ses tirades, comme celles que le poète peut faire naitre.

Une légende japonaise raconte qu’une jeune fille naquit dans un oeuf de rossignol. Devenue adulte et très belle, elle fut promise à l’empereur auquel elle se refusa poliment. Elle lui adressa alors un poème – il y fut très sensible -, et un élixir d’immortalité qu’il refusa en ordonnant de le faire brûler au sommet du Mont Fuji. La légende veut que c’est cette fumée qui s’échappe encore aujourd’hui des entrailles du mont.

Jean Le Goff

25 mai 2013

Bibliographie :

Ryôkan : pays natal. Poèmes choisis et traduits par Cheng Wing fun et Hervé Collet. Editions Moundarren, chemin des bois, Millemont. Edition augmentée d’août 2009. 110 pages.

Contes du Japon d’Autrefois de Yanagita Kunio. Publications Orientalistes de France. Paris 1983. 200 pages.

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