HAIKU DU COEUR N° 66

L’ART DU HAIKU

Contemplant les fleurs sans lassitude
mon carnet de haïkus
rarement sorti

Matsuo Bashô (1644-1694)

La composition d’un haïku relève d’une alchimie très mystérieuse. Elle nait d’un étonnement et peut-être aussi d’une plénitude s’il s’agit d’un panorama ou d’un évènement, dans tous les cas d’un détail de la vie quotidienne qui, éphémère par nature, comporte un caractère d’universalité ou de manière plus simple qui puisse être partagé par un très grand nombre de personnes.

Matsuo Bashô dans cette oeuvre, laisse entendre que l’admiration suscitée par la beauté des fleurs qu’il a sous les yeux se passe de commentaire, de tout signe langagier par lequel l’éblouissement pourrait être partagé avec un lecteur. Par là même, il dévoile aussi la précaution qu’applique tout haïjin averti : se munir d’un carnet et d’un crayon pour le cas où un haïku viendrait à surgir.

Combien de tercets n’avons-nous pas perdus du fait qu’à peine nés, ils se soient effacés de notre esprit alors qu’une autre considération le plus souvent vétilleuse venait se répandre sur l’oeuvre non écrite en temps réel ?
Combien de haïkus s’est-on alors employé à reconstruire parce qu’au moment opportun où ils surgissaient, notre attention s’est brutalement trouvée déviée ?

Le Grand Maître du haïku observe les fleurs « sans lassitude », litote pour signifier qu’il les admire. Son intérêt se porte uniquement sur la féérie des couleurs, les parfums qui s’en exhalent, leurs formes et leurs orientations sous le ciel azuré. Il n’a cure de s’en exprimer, tout à la plénitude du spectacle.

Peut-être un étonnement aurait-il suffi pour que la plume du Grand Maître se réveille ? Une coccinelle ou le bruit d’une cloche, un voile dans le ciel ou une goutte de rosée ? C’est précisément là que l’alchimie s’opère.

On a coutume de dire qu’un haïku se cueille plus qu’il se crée. Son apparition demeure énigmatique quelle que soit l’expérience que l’on a de cet art, et ce haïku précisément, est construit comme une forme de témoignage, un vivant exemple.

Ainsi le haïku s’inscrit dans l’idée de partage, c’est l’écho du vivant fait à des lecteurs.

Jean Le Goff

13 juillet 2013

Bibliographie :

Bashô, Seigneur ermite. Edition bilingue de l’intégrale des haïkus par Makoto Kemmoku et Dominique Chipot. Editions La Table Ronde. Paris 2012. 476 pages.

Une réflexion au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 66 »

  1. Bashô a dû écrire bien des haïkus le soir en se reposant de ses longues marches.
    Ce haïku me ramène à la notion d’instantanéité.
    Le carnet, le crayon jamais là quand il faut….
    le temps de réflexion avant d’écrire le premier mot…
    autant de parasites qui font que le haiku n’est pas l’instantané que l’on prétend.
    Et les corrections pour le rendre compréhensible,
    et celui qu’on écrit plus tard en se souvenant.
    Je pense même que Bashô se lavait les mains avant d’écrire.
    Soyons prudents avec la notion d’instantanéité.
    Amitié
    Jean Paul

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