HAIKU DU COEUR N° 73

Le chant d’un homme

le pinceau est usé
l’écriture floue
mon journal en hiver

Shiki (1867-1902)

Le texte biographique consacré à Shiki et qui accompagne ses oeuvres dans l’ouvrage sur lequel je me suis appuyé pour rédiger les articles Haïku du Coeur du mois d’août, dépeint un homme malade dès l’âge de 22 ans. En 1889 Shiki écrit un essai qu’il intitule « Origine et développement de la poésie », dans lequel il « met en valeur la puissance poétique du haïku » selon l’expression des auteurs de l’ouvrage : « Shiki, le mangeur de kakis qui aime les haïkus ».

C’est lors d’une balade sous la pluie que pour la première fois, il se met à cracher du sang, symptôme de la tuberculose. Cet incident lui fait adopter le nom de plume de « Shiki », signifiant « coucou ». Selon la légende, l’oiseau crache du sang à chaque fois qu’il chante.

Et Shiki ne vit bientôt plus que pour ce chant, la maladie gagnant inexorablement du terrain à tel point que dès l’âge de 30 ans, elle l’oblige à garder le lit le plus clair de son temps. Conjointement, il écrit, anime une revue de haïkus, échange des oeuvres avec ses collègues, reçoit des haïkus qu’il compile dans une boite qui ne quitte pas son chevet.

C’est avec une extrême pudeur que Shiki aborde cet état de santé dans le tercet qui ouvre cet article. Il ne dit pas les souffrances endurées mais s’attache plutôt à les suggérer. Ce haïku montre aussi combien l’auteur ne désarme pas, mobilisé malgré toutes ses douleurs vers ce qu’il considère comme une mission : écrire, toujours écrire. Lui qui, quelques années auparavant négligeait ses examens à l’université pour écrire des haïkus jusque sur l’abat-jour de sa chambre, poursuit son oeuvre jusqu’à son dernier jour.

Shiki disparait en effet à l’âge de 35 ans. Il laissera aux générations qui le suivent une oeuvre immense. Sa forte conviction que le haïjin s’emploie à décrire ce qui est, ses propres « croquis pris sur le vif », ont orienté la pratique du haïku vers un renouveau qui après lui ne s’est jamais démenti.

Avant de clore « le cycle aoûtien » des Haïkus du Coeur consacrés à Shiki, je voudrai souligner la qualité de l’ouvrage cité en exergue et recommander sa lecture à tous ceux qui ont pu être touchés par ses oeuvres. En voici une dernière qui peut apporter un dernier éclairage sur la vie de l’homme qui mangeait des kakis et aimait les haïkus :

une barque
devise avec la rive
longue journée

Shiki (1867-1902)

Jean Le Goff

31 août 2013

Bibliographie :

Shiki, le mangeur de kakis qui aime les haïkus. Poèmes choisis et traduits par Cheng Wing fun et Hervé Collet. Edition augmentée Moundarren, chemin des bois, Millemont. 2007. 120 pages.

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