HAIKU DU COEUR N° 76

ISSA LE REBELLE

le sumo vainqueur
évite d’écraser les insectes
sur le chemin de retour

Kobayashi Issa
1763 – 1827

S’il vous vient, en cette fin d’été, quelque ressentiment à l’égard des insectes qui par inadvertance sont venus se poser sur votre fraise-chantilly (la mouche), se glisser entre les persiennes, plongé(e) que vous étiez dans le dernier roman de Haruki Murakami (le moustique), se disputer entre vos orteils (les fourmis), se manifester sous la tonnelle à l’heure de l’apéritif avec les voisins (l’abeille), se coincer sous le tapis du salon (le scarabée), se pavaner sous l’abat-jour (le papillon), alors vous apprécierez tout particulièrement pour la sagesse qui en émane ce haïku de Kobayashi Issa.

Dans le très bel ouvrage que Cheng Wing fun et Hervé Collet lui consacrent apparait ce texte extrait des carnets
du Maître :  » Quand les pièces sont déployées sur l’échiquier, chacun obéit à des règles selon son rang. Mais dès qu’elles quittent l’échiquier et retournent dans leur boite, roi ou cavalier, chacun perd son rang ».

A un daymo (seigneur) de passage dans son village et qui souhaitait le rencontrer, Issa fit répondre que la poésie n’obéit pas aux ordres.

Dans ce tercet, il met en scène un combattant. Dans l’arène, le sumo est un lutteur. Il exerce son habileté et sa force afin de défier et combattre l’adversaire. Dans l’arène, le sumo est un sumo.

Sur le chemin du retour par contre, et bien qu’auréolé de son succès, le sumo qu’il croise est redevenu un homme comme tous les hommes, conscient de n’être qu’un parmi d’autres.

Jean Le Goff

21 septembre 2013

Bibliographie :

Issa, et pourtant et pourtant… Poèmes traduits du japonais par Cheng Wing fun et Hervé Collet. Deuxième édition revue et augmentée. Editions Moundarren, Chemin des bois, Millemont. 2006. 140 pages.

3 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 76 »

  1. Le prochain article samedi prochain concernera Issa à nouveau, je vous conseille de le consulter. Merci pour ce point de vue largement partagé chez les haïjins. Issa est touchant aussi bien que cocasse parfois et c’est vraisemblablement cela qui le rend proche de ceux qui aiment le haïku.
    Cordialement

    Jean Le Goff

  2. Décidément Issa est mon auteur de haïkus préféré. Sa sensibilité envers les êtres les plus fragiles est exprimée de manière si drôle et si singulière. Merci pour ce partage.

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