HAIKU DU COEUR N° 80

MUSIQUE, PEINTURE ET POESIE

le mont s’assombrit
éteignant le vermillon
des feuilles d’érable

Yosa Buson
1716 – 1783

En écriture, on a coutume de dire que la poésie est la forme qui se rapproche le plus de la musique. Le son émanant d’un poème est parfois considéré comme aussi important que le sens de celui-ci.

Avec le haïku proposé aujourd’hui, on serait enclin à affirmer que la plus petite forme poétique du monde s’apparente ici à la peinture. Buson était peintre et poète. Aussi reconnu dans l’un des arts que dans l’autre, il excellait à recréer la nature sur des paravents, art pictural très prisé à l’époque. La plume, le pinceau, s’attardent ici sur les teintes d’automne.

Chacun d’entre nous connait le hanami – littéralement : admirer les fleurs – rituel qui consiste au Japon, le printemps venu, à venir voir les cerisiers en fleurs. Moins connu mais tout aussi prisé, le momijigari – traduction : la chasse aux érables – est une coutume automnale et ancestrale qui consiste à se promener dans des parcs où les érables arborent des feuillages incandescents. Cette tradition inspira nombre d’artistes et des estampes, des kimonos, des kakémonos, des haïkus relèvent de cette inspiration.

Le haïjin ne s’épanche, il suggère. La musique qui émane de ses oeuvres possède la brièveté d’un souffle et l’image révélée subsiste quant à elle longtemps, longtemps, aussi longtemps que vivent les reflets mordorés dans le feuillage des grands arbres.

D’un automne qui s’avance, voici l’envolée lyrique d’Alphonse de Lamartine :

Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature
Convient à ma douleur et plaît à mes regards ! (…)

cette musique lointaine, peut-être nous est-elle née sur les bancs de l’école ou auprès d’un grand-père, d’une grand-mère féru(e) des auteurs classiques ?

Saluons l’automne qui à présent nous environne :

le mont s’assombrit
éteignant le vermillon
des feuilles d’érable

voici la touche colorée extraite de la palette de Buson. Juste l’image, comme une estampe, évoquée en un souffle court et qui amène le spectateur à se poser quelques instants et contempler le monde à travers les feuillages.

Jean Le Goff

19 octobre 2013

Bibliographie :

– Buson, 66 haïku. Présentés et traduits du japonais par Joan Titus-Carmel. Editions Verdier. Paris 2004. 70 pages.
– L’automne (premier quatrain) Alphonse de Lamartine ( 1790 – 1869)

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