HAIKU DU COEUR N° 83

LE MIROIR DU LAC

Elle se fait belle
la montagne
dans le miroir du lac

Mayuzumi Madoka

Mayuzumi Madoka a été nommée « ambassadrice de la culture japonaise en France » en 2010 et a enseigné le haïku à la Maison de la Culture du Japon à Paris. Ce haïku est extrait du très beau recueil qu’elle a publié aux éditions Philippe Picquier et qui s’intitule « Haïkus du temps présent ». Je voulais vous l’offrir à cette date précisément car elle correspond au premier anniversaire de la rubrique hebdomadaire des « Haïkus du Coeur » sur ce blog.

En effet, c’est le 3 novembre 2012 que j’ai ouvert cette rubrique et je souhaitais remercier ici toutes celles et tous ceux qui, au décours de la lecture d’un de ces numéros ont apporté des commentaires à ces modestes billets. Qu’ils sachent que ces échos issus de multiples horizons apportent beaucoup de plaisir à leur non moins modeste auteur.

J’espère avoir suscité de l’intérêt vis-à-vis du haïku tout au long de ces cinquante-neuf numéros personnels. J’espère aussi avoir fait aimer le plus petit poème du monde et avoir suscité des questions, des enthousiasmes, des instants-refuges face à un monde dont la morosité ambiante n’est plus à démontrer. Peut-être même que des oeuvres sont nées à l’issue de ces lectures ? Merci encore de votre soutien.

Le 3 novembre 2012, le premier haïku choisi pour cette rubrique venait de l’oeuvre de Bashô. Maître incontesté du genre, il me paraissait naturel de faire entendre d’abord celui à qui nous devons cette forme d’expression poétique. Par le choix du haïku, il s’agissait aussi de combattre ces préjugés qui sont couramment et copieusement véhiculés selon lesquels la poésie en général est affaire d’initiés. Je suis de ceux qui pensent que si ce type de lieu commun venait un jour à s’estomper, le monde en général s’en trouverait sûrement meilleur.

Avec le haïku proposé aujourd’hui, je fais le pari de la modernité. On a vu que Mayuzumi Madoka est reconnue comme une grande poétesse, ici et dans son pays notamment. En notes personnelles en vis-à-vis du haïku choisi ici, elle précise ceci : « Lorsque les feuilles rougissent à l’automne, on dit de la montagne qu’elle se maquille (yosou). On trouve parmi les mots de saison des expressions très particulières, exprimant cette identification à la nature, qui trouve sa source dans l’animisme shintô. Au printemps, on dit par exemple que « les montagnes rient ». (…) Ces cimes aux couleurs d’automne se reflétant dans un lac donnent un sentiment accru de la grandeur de la nature ».

Bien que né il y a plus de trois siècles, le haïku est une forme d’expression résolument moderne. De plus sa traduction de l’éphémère le rend éternel c’est-à-dire indémodable. Le haïku d’autre part n’est « ni pour », « ni contre », il s’attache à partager ce qui est. En cette date anniversaire je vous souhaite de belles rencontres avec les haïjins du monde entier et leurs oeuvres, de belles cueillettes personnelles et je souhaite aussi longue vie au haïku qui contribue à ce que tout peut rester vivant et qui de ce fait constitue « un miroir du lac » étonnamment puissant.

A samedi prochain pour un nouveau « Haïku du Coeur » et … au plaisir !

Jean Le Goff

3 novembre 2013

Bibliographie :

Haïkus du temps présent de Mayuzumi Madoka. Editions Philippe Picquier. Paris 2012. 184 pages.

6 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 83 »

  1. J’ai pris votre rubrique en cours de route et elle est rapidement devenue un repère dans mes pérégrinations poétiques. Les commentaires que vous faites des haïkus n’enferment jamais le lecteur dans une vision étroite et j’aime beaucoup au contraire la manière dont vous les rattachés aux différents aspects de notre vie quotidienne. Ils deviennent ainsi des petits cailloux blancs qu’ils nous suffit de suivre pour retrouver toujours notre chemin.

    • Merci Monsieur, je suis très touché par ce commentaire élogieux qui me conforte à poursuivre cette rubrique et à partager mes « Haïkus du Coeur ». C’est un réel plaisir pour moi et je suis ravi de pouvoir le communiquer.
      Amitiés haïjins

      Jean Le Goff

    • Merci Yvette,

      c’est un réel plaisir de réfléchir, rechercher, soupeser, formuler, reconstruire, écrire, relire, rectifier, pour… aboutir à une telle chronique hebdomadaire à partager.

      Amitiés
      Jean

  2. C’est nous qui te remercions pour ce billet de chaque fin de semaine et attendons ceux de 2014 sur les haïku contemporains pour pour nous faire aller de l’avant ainsi qu’HaÏkouest.
    Merci aussi pour ta présidence en finesse et concertation….

    • Hello Choupie,

      merci pour tes compliments, ta confiance et cet humour si communicatif… vive Haïkouest et ses alliés !

      Amitiés

      Jean

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