HAIKU DU COEUR N° 89

RELIRE KEROUAC

Je sais que Jack Kerouac a ses fans, ses inconditionnels, celles et ceux qui ne peuvent s’empêcher de ressentir une grande admiration et une non moins grande compassion pour celui qui fut le leader de la beat génération et dont la prose hante toujours les esprits. Le haïjin qu’était aussi Kerouac est moins connu que n’est encore de nos jours « Sur la route », son roman-culte.

Dans mon armoire à pharmacie
la mouche d’hiver
Est morte de vieillesse

Ironie du sort, pourrait-on ajouter. La proximité des remèdes n’y aurait rien changé. La mouche est morte, son temps était venu et le refuge qu’elle s’était trouvé n’a pas été en mesure de prolonger son existence.
Nous, les Humains mourrons aussi à l’hôpital ; c’est d’ailleurs le lieu où cela arrive le plus souvent dans les pays développés.
En Chine, en des temps reculés, le médecin-guérisseur devait s’acquitter d’une amende envers la famille du défunt lorsque la mort survenait. Comme une rançon due, en regard de son incompétence.
Aux Etats-Unis de nos jours, la moindre anicroche au cours du séjour du malade en établissement de soins donne la possibilité de déposer une plainte et d’être défendu par une kyrielle d’avocats hyper-spécialisés et qui en ont fait leur fond de commerce.
Le mythe de l’éternel bien-être a toujours eu de beaux jours devant lui. La fontaine de jouvence n’est pas à la veille de se tarir et les remèdes-miracles ne risquent pas de sitôt de subir la désaffection des usagers.
Agnès Sorel s’abreuvait de sels de mercure afin de préserver une beauté que l’on disait envoûtante. Sa dépouille – récemment analysée – atteste qu’elle mourut de cette intoxication volontaire.
Ainsi va la vie, l’obsédante recherche de remèdes afin de la prolonger, ne peut suffire…

Jean Le Goff
30 novembre 2013

Bibliographie :
Le Livre des haïku. Jack Kerouac.
Edition bilingue. La Table Ronde. Paris 2006. 430 pages.

2 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 89 »

  1. Merci Jean de nous proposer Kerouac, un apôtre du dénuement propice au haïkaï.

    – Regarde, chanta Japhy, des peupliers jaunes.

    -Un peuplier; des feuilles jaunies.
    Un écrivain est passé par là.

    Nous poursuivîmes notre route en composant des haïkaï tout en suivant le sentier qui montait
    en lacet, de plus en plus haut. Je récitais:

    -Rochers au flanc de la montagne.
    Pourquoi ne roulent-ils pas jusqu’en bas?

    ……..Un véritable haïkaï doit être simple comme la soupe et cependant avoir la saveur de la
    réalité Le plus beau des haïkaï est probablement celui-ci:

    -Le moineau sautille sur la terrasse.
    Il a les pattes mouillées.
    …….
    Lisez  » les clochards célestes » de Jack Kerouac.
    Et encore merci à Jean de rappeler ce grand écrivain.
    jean Paul

    • Merci Jean-Paul pour ces exemples qui apportent de l’eau à la source inépuisable des jaillissements inspirés de Jack Kerouac et sur lesquelles il nous sera donné de jeter un oeil à nouveau dans cette rubrique lors de prochains numéros.
      Amitiés et … au plaisir !

      Jean Le Goff

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s