HAIKU DU COEUR N° 102

JEUX D’OMBRES

Après avoir contemplé la lune
mon ombre
me raccompagne

Yamaguchi Sodô

C’est parce qu’il vient d’admirer la lune que l’auteur prend conscience qu’il chemine avec son ombre. Comme nous l’évoquions la semaine dernière dans le Haïku du Coeur n° 101, la lune renvoie à « pas tout à fait » ce qui est soi, « pas tout à fait » ce qui est autre. La lune est en marge et incite à méditer. A la différence du soleil, elle n’est jamais violente ni agressive et ce faisant elle engage le marcheur sur la voie de la quiétude.

Malgré mes recherches, je dois bien avouer que Yamaguchi Sodô demeure pour moi un peu dans l’ombre de son oeuvre. On le connait comme auteur contemporain de Bashô ; érudit, il s’intéressait à la langue chinoise, sage, il appréciait la cérémonie du thé. De plus, il semblerait qu’il admirait tout particulièrement les fleurs de lotus à telle enseigne qu’il fut surnommé : « le vieil homme du bassin du lotus ».

Dans un précédent Haïku du Coeur intitulé « Être au monde » le 11 mai 2013, je vous avais présenté le haïku sans doute le plus célèbre de cet auteur :

Au printemps dans ma cabane –
Absolument rien
Absolument tout !

Nous retrouvons dans ces deux tercets, l’influence, la tonalité du furyû, cette aspiration d’une personne à se trouver en phase avec la nature, comme à l’écart des turbulences du quotidien fusse au prix d’une solitude assumée.

D’ailleurs, une autre traduction du premier haïku de cet article renforce cette impression :

Sous la lune brillante
Je rentre chez moi en compagnie
De mon ombre

Comme on le voit, « je » est serein même en présence de son ombre. Dès lors, la lune peut continuer à veiller tranquille. Yamaguchi Sodô, quant à lui, demeure dans l’ombre de ses oeuvres, et, que la lune et les fleurs de lotus aient été parmi ses sources d’inspiration ne saurait nous surprendre.

Jean Le Goff

1er février 2014

Bibliographie :
– Anthologie du poème court japonais. Présentation, choix et traduction de Corinne Atlan et Zéno Bianu. nrf / poésie / Gallimard. Paris 2002. 240 pages. (pour les deux premiers haïkus du texte).
– Anthologie de la poésie japonaise classique. Edition de G. Renondeau. nrf / poésie / Gallimard. Paris 1978. 258 pages. (pour le troisième haïku du texte).

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