HAIKU DU COEUR N° 105

LA FLEUR DE LA CAROTTE SAUVAGE

Qui se soucie de regarder
La fleur de la carotte sauvage
Au temps des cerisiers ?

Yamaguchi Sodô
1642 – 1716

Disons-le très simplement, j’aime beaucoup ce haïku : son phrasé en particulier ou plus exactement la traduction qui en est faite. Il lui permet de surgir comme une évidence. Oublié l’effort de mémorisation, le tercet est si abouti que les mots se révèlent d’eux-mêmes. Il y a ici comme quelque chose qui est incontestable et qui ne souffre d’aucune autre construction possible. L’expression poétique prend ici toute sa dimension.

Cette première remarque en appelle une autre quant au contenu. Yamaguchi Sodô contribue par ces lignes à encourager le lecteur à explorer les richesses naturelles au-delà des sentiers battus. De manière implicite, il souligne que la richesse des spectacles du milieu naturel est sans limite.

Si vous avez la curiosité des consulter les images disponibles de la carotte sauvage sur le net, vous constaterez combien celles-ci sont merveilleuses. Parallèlement, qui peut se targuer de s’être arrêté dans la nature devant un tel spectacle ? C’est que notre oeil est conditionné par un effet de mode, une esthétique communément partagée. Si l’observation des cerisiers en fleurs appelée Hanami (littéralement : « regarder les fleurs »), relève d’une pratique ancestrale et qui est splendide au demeurant, d’autres engouements peuvent tomber en désuétude. Nos cultures façonnent au gré des époques nos attirances pour le beau. Il n’est pour s’en convaincre que de s’arrêter à l’observation de nos jardins, de notre mobilier et / ou de la décoration de nos intérieurs.

La nature se transforme mais elle ne varie pas. Dans sa marche inépuisable, elle recèle des beautés que nos existences toutes entières ne suffisent pas à découvrir. On peut tout aussi bien admirer un jour naissant au travers d’une toile d’araignée que du haut de la Butte Montmartre… Nos véritables richesses se trouvent dans nos capacités à nous émerveiller. Le tercet qui précède constitue un modèle du genre pour s’en convaincre.

Jean Le Goff

15 février 2014

Bibliographie :

– Anthologie de la poésie japonaise classique. Edition de G. Renondeau. nrf / Poésie / Gallimard. Paris 1978. 258 pages.

5 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 105 »

  1. La fleur de la carotte sauvage est effectivement magnifique. Je photographie beaucoup de plantes sauvages.
    Merci, Jean, pour ton commentaire de « Le singe renifle en décembre » dans la dernière lettre de Haïkouest.

    • Ravi de constater que cet écho t’ai plu.
      Merci aussi pour ton article relatif à « Les uns et les autres » dans l’Echo de l’étroit chemin qui est toujours de mon point de vue une superbe revue.
      Amitiés

      Jean Le Goff

  2. oui…sortir des sentiers rebattus et regarder ailleurs pour voir plus loin que le bout de son nez-
    en outre j’aime le rytme -ça coule comme une source sur les cailloux- la musique est belle…

    • Merci pour l’intérêt que vous manifestez régulièrement pour cette rubrique. Elle est née de ce constat : il nous est nécessaire de nous émerveiller, le cours des jours en est grandement plus passionnant.
      Amitiés blogueuses.

      Jean Le Goff

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