HAIKU DU COEUR N° 106

LES YEUX DE L’ENFANT

Tombée de la branche
Une fleur y est retournée
C’était un papillon !

Arakida Moritake
1473 – 1549

J’ai fait le choix de partager avec vous aujourd’hui et pour les cinq prochaines semaines, six haïkus remarquables d’un poète japonais précurseur du genre : Arakida Moritake. Poète établi à Ise, Moritake compose des vers de haïkaï par milliers et devient maître en la matière. Le haïkaï ou haïkaï-no-renga que l’on peut interpréter comme poème enchainé et plaisant, connnait dans la première moitié du XVIème siècle ses heures de popularité par la plume et le talent de Arakida Moritake et Yamazaki Sôkan (1460-1540).

Arakida Moritake nait dans une famille de lettrés, (son grand-père était écrivain) ; il produit un recueil de poèmes qui appelle à l’observance de valeurs morales et qui est passé à la postérité sous le titre des « Analectes d’Ise ». Le terme « analectes » pour abscons qu’il puisse apparaitre recèle une histoire à lui tout seul qu’il est plaisant de raconter… Autre lieu, autres moeurs, autre époque… Nous voici aux temps de la Rome Antique. L’analecte désigne l’esclave chargé de recueillir les reliefs d’après-repas, de desservir, de balayer les miettes. Le terme est venu s’apparenter au cours de l’histoire du langage et des mots à celui d’anthologie (au masculin pluriel : les analectes).

De l’oeuvre de Moritake, ne sont parvenues à nos oreilles d’Occidentaux que quelques bribes, quelques miettes émergentes d’un foisonnement de haïkus que fit naitre Matsuo Bashô (1644-1694) en particulier.

Le haïku qui ouvre l’article est sans équivoque celui qui est le plus attaché au nom de Moritake. Il démentit l’adage japonais suivant : « La fleur tombée ne revient pas à la branche ». Comme « le haïku de la grenouille » de Bashô, il fut traduit de multiples façons :

Une fleur tombée
remonte à sa branche !
Non ! C’était un papillon

(trad : R.Munier)

A chaque fois l’image nous transporte et nous évoque cet émerveillement qui pourrait être qualifié d’enfantin. Il est réconfortant de constater qu’au-delà des siècles, une telle image conserve toute sa fraicheur.

Et Arakida Moritake nous réserve encore d’autres belles surprises que nous partagerons dans de prochains articles.

Jean Le Goff

22 février 2014

Bibliographie :

– Anthologie de la poésie japonaise classique. édition de G.Renondeau. nrf / poésie / Gallimard. Paris 1978. 258 pages.

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