HAIKU DU COEUR N° 107

LES YEUX DE L’ARTISTE

Sur le front des falaises
les saules reverdis
dessinent des sourcils

ou bien, si vous préférez :

Saules verts
sourcils peints
au front de la colline

Arakida Moritake
( 1473 – 1549 )

Par ce trait de plume, Arakida Moritake retient l’instant fugitif au milieu du paysage. En ce sens, son oeuvre annonce celle de Buson ( 1716 – 1783 ), illustre peintre-poète et qui se consacra à l’enseignement respectueux des règles haïkistes formulées par ceux qui le précédèrent. On peut facilement imaginer que ce haïkaï était l’un de ses favoris.

Dans un article consacré à An Anthology of Haïku, ancient and modern, de A. Miyamori (Tokyo 1932), MC. Haguenauer écrit ceci : « A la fin du XVème Siècle, les auteurs de haïkus affectaient un certain maniérisme et des tendances humoristiques. Les premiers haïkaIstes véritables – les Japonais disent haïjins – sont Sôkan, Moritake puis Teitoku (Ecole Teimon) et Sôin (Ecole Danrin). Déjà Onitsura recommande de rejeter les sujets vulgaires (…) pour s’inspirer de la nature et laisser opérer la perception directe du réel. »

Le haïku qui ouvre cet article dans ses deux traductions, m’apparait tout à fait pertinent pour illustrer cette évolution. Les yeux de l’artiste distinguent des sourcils au milieu de paysage. On croirait se trouver devant une toile de Claude Monet sur laquelle le peintre impressionniste aurait, d’un trait de pinceau, souligné des sourcils. En ce sens on peut parler d’écriture-impressionniste pour évoquer cette oeuvre de Moritake.

Jean Le Goff

1er mars 2014

Bibliographie :
– Anthologie du poème court japonais. Présentation, choix et traduction de Corinne Atlan et Zéno Bianu. nrf / poésie / Gallimard. Paris 2002. 240 pages.
– Revue critique d’Histoire et de Littérature. Oct-Déc 1933. Site de la Bibliothèque Nationale de France pour l’extrait de l’article de MC. Haguenauer.
– Site cmi-univ-mrs.fr pour la seconde traduction du haïku.

2 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 107 »

  1. merci- je trouve ce poëme très beau-en particulier la version de tête très musicale-
    j’aimerais savoir s’il s’agit de deux traductions différentes..la résonance est totalement différente

    • Merci, oui, il s’agit de traducteurs différents. Malheureusement le traducteur n’est pas identifié pour le second haïku. Ils livrent effectivement une musicalité qui diffère elle aussi.
      Bien cordialement
      Jean Le Goff

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