HAIKU DU COEUR N° 108

LES YEUX DU POETE

Oh ! Les lucioles
Quelle pluie de feu
Se mêlant à l’averse d’été

Arakida Moritake

1473 – 1549

Voici un hokku, c’est-à-dire le premier haïku du Maître, inaugural d’un poème enchainé et réalisé dans une société littéraire du XVIème siècle. Il s’agit du genre poétique le plus prisé dans la classe dominante à l’époque et il s’ancrera véritablement dans les habitudes littéraires du milieu grâce à Matsutiaga Teitoku (1571-1653) dont nous parlerons dans de prochaines chroniques.

Cette oeuvre de Moritaké traduit la fascination qu’exerçait le feu à cette époque. Voici ce que relate Louis Aubert dans un ouvrage publié en 1936 :  » Dans ce pays aux maisons de papier et de bois, où les incendies étaient et sont encore fréquents ; ils sont amateurs de feu. Ils appelaient  » fleurs de Yedo « , les flammes qui si souvent embrasaient le ciel de leur capitale. Leurs pompiers vont au feu avec allégresse, ils ne peuvent s’empêcher d’admirer le brasier qu’ils sont chargés d’éteindre : quel beau feu, comme il va bien. » Dans ces dernières lignes, l’auteur n’exagère-t-il pas un petit peu, d’autant que ce genre de sinistre causait souvent de nombreuses victimes?

Plus crédible sans doute, ces lignes qui suivent et du même auteur et qui démontrent combien le feu est associé à la fête :  » Le feu d’artifice ravit la foule. Je me souviens de la fête de  » l’ouverture de la rivière  » à Tokyo. Une soirée d’août, la moitié de la ville sur la rivière Sumida (…) On ne voyait plus la rivière, on ne voyait que des barques, alourdies de grosses lanternes de couleur (…) Cette ville flottante tremblotait. Sous les lanternes, on chantait (…) Cette foule japonaise retrouvait les émotions esthétiques qu’elle préfère : les couleurs, des ors, des roses, sur un fond de nuit qui se décolorait en bleu et en gris, semblables aux fonds usés et un peu passés des kakémonos très vieux et de belles lignes, de belles visions éphémères ».

Ce texte se suffit à lui-même pour entrevoir la fascination du feu dans le Japon des temps anciens.

Jean Le Goff

8 mars 2014

Bibliographie :

– Paix Japonaise de Louis Aubert. Librairie Armand Colin. Paris 1936. Bibliothèque Nationale de France.

2 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 108 »

  1. Je crois que le feu nous fascine toujours autant…feu sauvage des incendies, feu dompté du 14 juillet… feu apprivoisé de nos cheminées…Mais on ne voit plus guère de lucioles, quel dommage!

    Merci encore, c’est une surprise attendue chaque semaine.

    • Merci à vous,
      Effectivement, les époques ont leurs feux de prédilection.
      En Chine, tout évènement majeur donne lieu à un feu d’artifice par exemple. Cette coutume tend à se propager dans les pays occidentaux….
      Bien cordialement,

      Jean Le Goff

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