HAIKU DU COEUR N° 115

L’ERMITAGE DE LA NUIT

Si quelqu’un demande où Sôkan a disparu
Simplement dire
 » Il avait à faire dans l’autre monde « 

Yamazaki Sôkan

1465 – 1553

Pour clore le cycle Sôkan des Haïkus du Coeur, celui-ci me paraissait tout à fait éloquent. Avant de partir dans cet autre monde que personne ne connait – et pour cause – le Maitre Haïjin doit avoir, j’imagine, la nostalgie de tous ses petits poèmes dispersés comme autant de petits cailloux blancs volés au tintamarre de l’existence. Sôkan use ici d’un parfum de nostalgie comme pour se convaincre, à la fin de ses jours, que cet autre monde qui l’attend lui donnera autant à faire dans le domaine de la poésie.

Il est assez rare de se mettre en scène dans un haïku, des puristes avanceront que même, cela n’est pas indiqué. On se souvient de Yosa Buson qui en 1783, quelques heures avant sa mort, livre à ses proches le haïku suivant :

Fleurs de pruniers blanches
et cette nuit qui devient
la lueur de l’aube

Ici la mort est simplement suggérée mais elle fait apparaitre un espoir par l’évocation d’une aube inconnue dans laquelle l’âme du poète va se dissoudre.

Même dans ces circonstances, Sôkan quant à lui, conserve le tragi-comique de son oeuvre. Sa pseudo-légèreté de ton laisse entrevoir une appréhension légitime pour ce monde inconnu. Il cultive cet humour qui n’appartient qu’à lui jusqu’à ses derniers jours et conduit ainsi le lecteur vers l’impermanence des êtres et des choses, tentant sans doute de dédramatiser sa disparition auprès de son entourage.

Comme bon nombre de Maîtres Haïjins, Yamazaki Sôkan vécut en quête de refuges pour exercer son art. De l’Ermitage face à la lune que nous avons évoqué précédemment, il va chercher l’inspiration à l’Ermitage de la nuit dans les trente dernières années de son existence. Cette fondation qu’il crée lui-même, lui permettra d’enseigner la calligraphie et la poésie jusqu’à son dernier souffle.

D’esprit comique voire sarcastique, la poésie de Sôkan est toujours vivante. Et si des admirateurs se demandent parfois ce qu’il peut bien faire dans l’autre monde c’est bien ici et maintenant, à travers ses tercets que son chant suscite encore bien des émotions.

Avec ce Haïku du Coeur n° 115, s’achève le cycle Yamazaki Sôkan ; la semaine prochaine nous évoquerons l’oeuvre de l’un de ceux qui passant du seizième au dix-septième siècle écrivit de nouvelles pages de l’histoire du haïku avant le  » phénomène  » Bashô : je veux parler de Matsunaga Teitoku (1571-1654).

Jean Le Goff

26 avril 2014

Bibliographie :
– site internet : sornettes.free.fr
– Buson : 66 haïkus présentés et traduits par Joan Titus-Carmel. Editions Verdier. Paris 2004. 70 pages.

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