HAIKU DU COEUR N° 116

LUNE D’AUTOMNE

Elle oblige tous les hommes
A dormir en plein jour,
cette lune d’automne

Matsunaga Teitoku
1571 – 1654

Voici une oeuvre de Matsunaga Teitoku, poète japonais de haïkaï des seize et dix-septième siècles, et qui fait suite au cycle des articles consacrés à Yamazaki Sôkan (1465 – 1553).

Teitoku fut à l’origine d’une école de haïkaï connue sous l’appellation « Teimon-ha ». Si j’en crois le Dictionnaire mondial des Littératures, cette institution fut réputée pour le « formalisme tatillon » qu’on y professait.

Du haïku proposé d’autres traductions circulent :

Pour tout un chacun
Quelle source de sieste, ah !
La lune d’automne

 

 

Pourquoi tout le monde fait
la sieste ?
Lune d’automne

L’une des versions parait plus compliquée et de par l’exclamation manque de naturel. L’autre, quant à elle, se présente trop simplement et perd son relief sans que l’on sache vraiment expliquer précisément pourquoi. Naturellement ces points de vue n’engagent que moi et n’apparaissent qu’accessoires.

L’essentiel est ici de se rendre compte combien l’alchimie du haïku est quelque chose d’extraordinairement complexe, autant dans sa création que dans sa traduction. De plus, les subtilités de la langue japonaise doivent provoquer bien souvent des cas de consciences chez ceux qui se livrent à l’exercice de traduction.

De simple divertissement, le haïku migre à l’époque de Matzunaga Teitoku, vers une forme d’expression poétique moins triviale, plus exigeante, et ce faisant, il se répand dans toutes les classes de la société. Si j’en crois le nombre de sociétés de haïjins au Japon d’aujourd’hui, le phénomène n’a fait que s’amplifier.

Jean Le Goff

3 mai 2014

Bibliographie :

– Dictionnaire mondial des Littérature. Editions Larousse Paris 2002.
– Cahier du Sud de Conrad Meilli n° 305. 1951 (Haïku de Teitoku : première version du texte)
– La Littérature Japonaise de René Sieffert (seconde version)
– Site sornettes.fr (troisième version)

2 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 116 »

  1. insolente elle chante
    au clair de la lune
    la grenouille noctambule.

    Merci, Jean, de nous donner les clés de la lune.
    Amitié
    Jean Paul

  2. Moitié amusé, moitié désolé…on sent comme un reproche affectueux adressé à cette « lune d’automne ». J’admire ce génie de suggérer tant, en disant si peu.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s