HAIKU DU COEUR N° 120

SUIVRE SA ROUTE

Par les champs d’automne
Je vais
Une cage de grillon à la main

Matsunaga Teitoku
1571 – 1654

D’un voyage au Yunnan en 2010, j’ai conservé une image qui, depuis, n’a jamais cessé de m’émerveiller.

Dans les grandes villes chinoises – Kunming en l’occurrence – il n’est pas rare de croiser des petits grands-pères à vélo qui se rendent au jardin public avec une cage et leur mainate sur le porte-bagage. Rendus sur place, ils sont dix, vingt, trente à suspendre l’habitat de leur précieux compagnon aux branches des tilleuls puis à s’installer à proximité les uns des autres. Ils se racontent alors les potins du jour, tandis que les oiseaux s’agitent et pépient en tous sens comme s’ils imitaient le comportement de leurs propriétaires. Quelques heures plus tard, tous plient bagage, rassasiés de conversations qui reprendront le lendemain.

Ce haïku m’apparait comme une illustration de ce phénomène social et je ne peux m’empêcher de penser que cette habitude, simple, peu coûteuse, sans prétention, constitue un formidable remède à la solitude à l’âge des cheveux blancs.

Mais cette anecdote mise à part, le grillon de ce haïku m’évoque aussi toute autre chose. « Par les champs d’automne », les prés de printemps, les montagnes d’été ou les jardins d’hiver, le grillon du haïku, jamais ne me quitte. Oserai-je suggérer la métaphore, et indiquer que ce tercet peut tout aussi bien être interprété de cette manière ?

Pure supposition diront les uns, précisant qu’elle est aux antipodes des intentions de son auteur. Belle image, diront les autres, tout prêts à s’enflammer pour l’attrait immémorial de la poésie. Que m’importe au final l’avis des uns ou des autres, dès lors que ce haïku, par-delà les âges, me soit précieux et suscite en moi le désir, l’envie. Et qu’il se niche dans un coin de ma mémoire pour dire combien j’aime le haïku suffit à mon … plaisir !

Suivez votre route, et si le grillon de la poésie vous accompagne, elle sera d’autant plus fleurie !

Jean Le Goff

31 mai 2014

Bibliographie :

– A l’ouest blanchit la lune : traduction et adaptation de Alain Kervern. Editions Folle Avoine.

5 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 120 »

  1. Bonjour Jean
    Que ce grillon en cage soit pour toi la représentation de la poésie, ma foi c’est une belle image..

    Mais à la lecture de ce haiku, moi j’y ai vu (senti, perçu, envié..aussi ) une philosophie de vie qui ne conserve que l’essentiel à l’âge de l’automne . Aller sans rien d’autre que ce qui nous tient à coeur (la poésie pourquoi pas ) dans un dénuement volontaire et à contre courant de nos sociétés

    c’est aussi cela la magie d’un haiku ayant traversé le temps et qui laisse tout de même au lecteur son appropriation.

    bon week end

    • Merci Yvette, jolie interprétation là encore et qui témoigne de notre engouement pour la poésie et le retour aux choses simples.
      Amitiés

      Jean

  2. Merci beaucoup… c’est un … plaisir de partager ce point de vue.
    Cordiales salutations et vive la poésie !
    Jean Le Goff

  3. cette image de  » cage de grillon à la main » me plaît énormément . Elle illustre si bien la légèreté et la présence de la poésie qui nous accompagne chaque jour.

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