HAIKU DU COEUR N° 125

MAITRE ET ELEVE

Autumn
the picture of Saïgyô
in the evening light

 

Automne
l’image de Saïgyô
dans la lumière du soir

Nishiyama Sôin

1605 – 1682

L’époque, les circonstances, le travail, la méditation, la constance … autant de facteurs qui peuvent faire naitre le talent en poésie. Si l’on considère la poésie japonaise telle que nous l’appréhendons ici, se dégage une constante dans l’oeuvre des grands maitres : à un moment ou à un autre se révèle une filiation.

Par ce tercet, Nishiyama Sôin fait allusion à une oeuvre qu’il vénère : celle de Saïgyô. Sato Norikiyo, couramment dénommé Saïgyô, vécut au douzième siècle (1118 – 1190). Devenu moine après avoir servi les armes – ce qui rapproche son parcours de vie de celui de Sôin – Saïgyô se fit poète de waka et son renom fut tel que cinq siècles plus tard Sôin puis Bashô s’en réclamèrent et estimèrent que ses écrits étaient essentiels dans l’Histoire de la Littérature de l’Archipel.

Annonciatrice du haïku et du haïbun dans sa forme, l’oeuvre de Saïgyô vante les bienfaits des voyages, les richesses naturelles, la méditation et la solitude qui souvent l’accompagne. Le waka qui suit me parait illustrer ces caractéristiques :

même chez quelqu’un
ordinairement
détaché des choses
il trouble le coeur
le premier vent d’automne

Cinq siècles plus tard, tout se passe comme si le haïku de Sôin répondait au poème de Saïgyô. Le tercet de départ est-il né du waka qui précède ? Pure supposition bien entendu, mais chacun de ces poèmes traduit une même sensibilité.

Le poète ne meurt pas, il se retire. Et lorsque sa plume s’éteint, c’est encore un peu de sa voix que l’on entend de temps à autre. Alors cette plume se renouvèle dans l’encre d’autres plumes et la musique des mots toujours se prolonge. La poésie n’en aura jamais fini de contester les effets du temps.

Jean Le Goff

5 juillet 2014

Bibliographie :
– Saïgyô : biographie sur Wikipedia
– site komyozan Aïkido
_ Saïgyô, poèmes de ma hutte de montagne. Cheng Wing fun et Hervé Collet. Editions Mounadarren. Millemont 2002.

4 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 125 »

  1. Le long des herbes
    s’abreuver de rosée
    croître et verdir
    habillé d’air
    s’étendre dans le pré
    — crin- crin des grillons

    Serait-ce l’impalpable légèreté de l’être dont nous parle ce billet ?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s