HAIKU DU COEUR N° 134

JE NE SUIS PERSONNE

D’aucuns considèrent que cette rubrique fait la part belle aux Maîtres classiques japonais mais que dans le même temps elle devrait s’ouvrir plus souvent à d’autres auteurs ayant vécu ou vivant sous d’autres latitudes. C’est l’une des raisons pour laquelle l’été qui s’achève fut consacré dans ces colonnes à de libres commentaires de quelques-unes des oeuvres de Jack Kerouac. J’espère que les semelles de vent de l’illustre romancier américain auront suscité de l’intérêt, chez vous lecteurs, comme autant de pauses poétiques ponctuant vos dernières semaines. C’est ainsi que la candide flamme de Kerouac à vouloir toucher à la souffrance humaine n’est pas à la veille de s’éteindre.
Poursuivant mon bonhomme de chemin dans le même esprit, je vous propose dès aujourd’hui et pour les numéros suivants de Haïku du Coeur, de visiter l’oeuvre d’un autre romancier américain, féru de haïku. Contemporain de Jack Kerouac, Richard Wright (1908-1960) partage avec celui-ci une renommée littéraire. Les haïkus qu’il lègue à la postérité se situent comme en marge de ses romans qui traitent d’une époque où les démons de l’Amérique (je veux parler des conflits raciaux) revêtaient une véritable emprise sur l’harmonie du vivre en société. Vous l’aurez deviné, cette formulation quelque peu édulcorée laisse accroire que ces démons n’ont pas tout à fait disparus, mais ceci est une autre histoire.
Richard Wright subit l’exil en France dans les deux dernières années de sa vie. Dans l’introduction quelle consacre à l’oeuvre de son père, Julia Wright (sa fille), décrit les circonstances de la parution du recueil-compilation des haïkus que celui-ci écrivit : « Il faudra attendre trente-huit ans après sa mort pour que ces petits poèmes trouvent un éditeur aux Etats-Unis ».

Je ne suis personne
Un soleil couchant d’automne
M’a laissé sans nom

L’ouvrage intitulé Haïku, cet autre monde, regroupant 817 des haïkus de Richard Wright et publié aux éditions La Table Ronde, s’ouvre sur ce tercet.
Si « laisser sans voix » est une expression courante, employée face à un spectacle qui force l’admiration, « être laissé sans nom » pourrait être qualifié de degré supérieur à cette béatitude qui nous habite lorsqu’un coucher de soleil contribue à nous émouvoir. Car il nous émeut immanquablement, nous renvoyant à l’un des facteurs essentiels de l’existence : le temps qui passe. Cet instantané d’émotion me semblait propice à être partagé en cet été finissant.

Jean Le Goff
6 septembre 2014

Bibliographie :
– Haïku, cet autre monde. Richard Wright. traduction de Patrick Blanche. Editions La Table Ronde. Paris 2009. 302 pages.

6 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 134 »

    • D’autres Haïku du Coeur concernant Richard Wright sont en préparation et ponctueront ce mois de septembre.
      Bien cordialement

      Jean Le Goff

  1. Bien vu Jean, le choix de cet auteur toujours d’actualité, lui, toujours en but au regard de l’autre !

    Bien au-dessus du
    navire des immigrants,
    des oies en partance

    Lire ses haïkus, c’est souvent faire le constat que rien ne change !

  2. Je vois aussi l’humilité (n’être personne) que nous devons éprouver devant la création du monde dont le soleil est le centre. Du moins pour notre monde.
    Merci de ce choix, Jean.
    Amitié
    Jean Paul

    • L’humilité : c’est bien le maitre-mot je serai même tenté d’écrire le maitre-monde notamment en cette époque où l’exercice de son contraire, la vanité, provoque tant de ravages.
      Amitiés
      Jean

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