HAIKU DU COEUR N° 135

SOUVENIR D’ENFANCE

Julia Wright écrit, dans l’introduction du recueil de haïkus de Richard Wright, son père, que celui-ci s’adonnait à cet art pour se consoler de la mort de sa mère et faire vivre des pages de sa vie d’enfant. C’est à l’époque de son existence marquée par des deuils et des renoncements que Richard Wright entreprend avec frénésie cette oeuvre poétique :

Le soleil luit sur

Les bras noirs d’une lavandière

Au froid du ruisseau

 

Image d’enfant dans une communauté afro-américaine où les femmes vont à la rivière pour la lessive. Image qui peut apparaitre désuète aujourd’hui tant la vie américaine qui nous est fredonnée semble loin de ce cliché, et pourtant …

Richard Wright vécut dans sa chair la ségrégation et le sentiment d’exclusion qui en résulte et qui fit de lui un grand romancier mais aussi un grand poète comme ce tercet en témoigne.

Le ruissellement d’une eau glacée sur les bras noirs de la lavandière traduit, on le devine, toute la souffrance d’un peuple renié par un autre peuple. C’est ainsi que l’on peut relever toute la force de persuasion de l’expression poétique, celle du haïku en l’occurrence.

Julia Wright, petite fillle, voyait son père compter sur ses doigts les 5-7 et 5 syllabes comme s’il s’attachait à mettre en nombre des bribes de mots, comme s’il s’employait à être au plus près de la norme, la norme classique et incontournable. Lui, le gosse noir rejeté, devenu adulte et au crépuscule de sa vie jouait de l’éphémère pour toucher à l’éternité.

Jean Le Goff

13 septembre 2014

Bibliographie :

– Haïku, cet autre monde. Richard Wright. Introduction de Julia Wright. Traduction de Patrick Blanche. Editions La Table Ronde. Paris 2009. 302 pages.

 

 

 

 

4 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 135 »

    • Merci également, dans les prochains numéros j’établirai des parallèles entre Black Boy – récit autobiographique de Richard Wright – et ses haïkus écrits bien des années plus tard. Passionnant … j’espère !
      Amitiés

      Jean Le Goff

  1. Combien Richard Wright nous fait toucher le noir de l’homme chaque jour….,
    n’écrit-il pas :

    Une mouche se traîne
    sur un papier tout gluant —
    comme l’aube est froide !

    Elle l’est, pour beaucoup d’hommes par les temps qui courent, c’est cette lucidité chez cet auteur qui me fait l’apprécier encore aujourd’hui.

    • Chez Wright, c’est effectivement de l’homme dont il s’agit ; avec ses errances, ses lâchetés, ses vanités et son besoin déraisonnable de pouvoir mais aussi ce  » besoin de consolation impossible à rassasier  » comme l’a si bien dit Dagerman ….
      Amitiés

      Jean

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