HAIKU DU COEUR N° 155

HAIKU DU COEUR N° 155

Le silence de mes nuits

Transporte mon coeur engourdi

Vers l’aube incertaine

Léonor de Récondo

Avec ce haïku commence une nouvelle série d’articles de la rubrique Haïku du Coeur consacrés à la place du haïku dans la littérature contemporaine. Chaque prochaine semaine, je vous commenterai les fruits glanés dans les romans contemporains qui a un moment quelconque de leur développement font apparaitre un ou plusieurs haïkus.

Pour commencer voici le seul et unique haïku figurant presque au terme du très beau roman de Léonor de Récondo intitulé Rêves oubliés et publié en 2012.

Il s’agit de l’histoire d’une famille espagnole réfugiée en France aux heures sombres du franquisme dans la péninsule ibérique. Le récit d’Ama, la mère, est consacré au bouleversement provoqué par son exil, celui de Aïta, son mari, de leurs trois enfants, du grand-père et de sa femme, des oncles déracinés eux aussi. Le texte, tout en pudeur, dit l’humilité de ces gens retranchés en fuyant la dictature.

Aïta médite dans le potager :  » toi, tu as mis ta pensée dans tes mains « , lui a dit sa mère. Ses mains constituent sa seule richesse et elles le conduisent à trouver un travail à l’usine où se fabriquent… des munitions.  » Il est là, au milieu des autres, tous attirés par les sirènes du travail, et peu importe que ce soit pour relancer la machine de guerre. Peu importe que ce soit à la gloire de la haine, de la poudre et des armes, peu importe que cette même poudre vienne pulvériser les battements de coeur d’un ami, d’un frère, d’eux-mêmes, le plus important est de survivre aujourd’hui « .

Sous le feu de la colère Ama s’abandonne à des confidences :  » Finalement, je préférerais que rien ne nous attache à ici. Je veux bien y vivre le temps qu’il faudra, y mourir aussi s’il le faut, mais pas m’y attacher « .

Plus avant dans le roman, le lecteur perçoit quelques notes d’acceptation synonymes d’apaisement :  » Je ne regrette pas d’avoir rencontré celle que je suis aujourd’hui « . Et au décours de cette prise de conscience survient comme par magie :  » Otzan m’a parlé de ces poésies venues de loin, du Japon. Leur nom m’échappe et pourtant je me souviens de leur concision, de leur lien avec la nature et le temps,

Le silence de mes nuits

Transporte mon coeur engourdi

Vers l’aube incertaine « 

Par la plume de Léonor de Récondo, Ama parle à nos coeurs, elle parle aussi du caractère universel que revêt le haïku de nos jours et du formidable élan qu’est la poésie en général pour apaiser les douleurs.

Jean Le Goff

24 janvier 2015

Bibliographie :

Rêves oubliés de Léonor de Récondo.

Sabine Wespieser éditions. Paris 2012.

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6 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 155 »

  1. Ce volet qui s’ouvre sur le tercet contemporain est très prometteur avec ce texte qui nous donne envie de lire ce livre relatif à notre histoire toujours actuelle de passages de frontières !
    Merci Jean.

      • Peu importe. La force de ce poème est à la hauteur de ce que vécurent les Espagnols. Passages des Pyrénées en hiver, enfermement dans les camps , gardés par les gardes mobiles peu enclins à la tendresse, et cette incertitude
        de retrouver maris et famille.
        Ils ont fait la France ,eux aussi.
        Une belle idée, Jean.
        amitié J.P.

      • Merci Jean-Paul, ce roman est en effet une trace d’un épisode de notre histoire comme d’ailleurs Pas pleurer de Lydie Salvayre, dernier Prix Goncourt, relatant lui aussi des évènements familiaux au coeur de cette époque.
        Amitiés

        Jean

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