HAIKU DU COEUR N° 158 SPECIAL SAINT-VALENTIN

HAIKU DU COEUR N° 158

SPECIAL SAINT-VALENTIN

Cheveux emmêlés

En ce jour de Saint-Valentin, consacrons cet article à une femme-poète japonaise dont la plume connut un vif succès dans le registre du sentiment amoureux.

Un jour peut-être, je vous relaterai les éléments de la biographie de Akiko Yosano (1878-1942). J’ai déjà évoqué son oeuvre dans un article de la rubrique Haïku du Coeur que j’avais intitulé à l’époque Le sacre du printemps (le 20 mars 2013). Vous le retrouverez en archive ici même si le coeur vous en dit.

Pour l’heure, ce n’est pas à son parcours de vie que je ferai référence mais plutôt à l’oeuvre majeure et en partie autobiographique qu’elle nous a laissé sous le titre Cheveux emmêlés. Il s’agit d’un recueil de tankas (poèmes de 5 vers de 5/7/5/7/7 syllabes) et qui ne peut qu’inspirer magistralement tous les amoureux du monde en ce jour dédié.

Plutôt que de vous résumer la vie de Akiko Yosano, laissons-la vous suggérer :

Ignorant la Voie

Insouciants de l’avenir

Méprisant la gloire,

Seuls ici s’aimant d’amour

Toi et moi nos deux regards

Le sous-titre d’une telle oeuvre aurait pu être : Akiko Yosano ou l’appel de la passion amoureuse, mais ce sous-titre aurait été trop explicite et, à croire l’adage selon lequel tout ce qui est excessif s’avère vain, mieux vaut se pencher derrière la sobriété du titre initial pour découvrir combien le style de la poétesse est subtil, comme l’est aussi parfois le sentiment amoureux :

Sentiments troublés

Et sentiments égarés

Se pressent en moi

A ce dieu foulant les lys

Je brûle d’offrir mes seins

C’est de l’amant que la jeune fille veut parler lorsqu’elle écrit « ce dieu », et c’est lui qu’elle vénère. Qui mieux qu’elle peut nous faire percevoir :

Il ne rentre pas

Jour de printemps qui finit

Et moi dans la nuit,

Sur le koto mes cheveux

Emmêlés, bouleversés

Ainsi les notes sur le koto (longue cithare), sa mélodie, ne suffisent pas à l’amoureuse pour combler l’absence. Cependant cette plume féminine et toute en couleurs transmet fort adroitement par les symboles qu’elle diffuse la fiévreuse montée des marches du désir :

J’ai vu clairement

La silhouette de mes vingt ans

En ce jeune printemps

Rose tendre la pivoine

Rouge écarlate en son coeur

Mais gardons-nous de trop en dire. Découvrez vous-même les arabesques raffinées que la poétesse offre ici, vous en reviendrez le coeur léger et les vers nés de son talent vous seront précieux. Comme une estampe ravit l’oeil, le tanka peut ravir l’esprit d’autant qu’il est fruit de l’amour.

Jean Le Goff

14 février 2015

Bibliographie :

– Cheveux emmêlés de Yosano Akiko (patronyme en premier). Traduit du japonais par Claire Dodane. Editions Les Belles Lettres. Paris 2012. 192 pages.

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4 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 158 SPECIAL SAINT-VALENTIN »

  1. Ah ! L’ Amuuuuuur, toujours l’amuuuuur, dirait un rocker bien connu, mais combien elle le dit bien avec cette fraîcheur de ton, ce désir de jeune fille….

    Une moins jeune dirait :

    L’amour
    feu d’herbes vite consumé
    est reparti avec le vent

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