HAIKU DU COEUR N° 159

HAIKU DU COEUR N° 159

Bashô sur la route

Sa mort prochaine

Rien ne la fait prévoir

Dans le chant de la cigale

Ce haïku de Bashô (1644-1694) vient clore le chapitre que Marguerite Yourcenar consacre à l’un des quatre plus grands Maîtres du haïku dans un ouvrage posthume intitulé Le tour de la prison et où elle évoque ses voyages, au Japon en particulier.

Comment lit-on Marguerite Yourcenar aujourd’hui ? C’est la question que pose Le Magazine Littéraire dans son numéro de décembre dernier et à laquelle un dossier la concernant tente de répondre. Première Femme de Lettres élue à l’Académie Française, Marguerite Yourcenar mobilisa sa très grande culture humaniste au service de récits nomades.

Bashô sur la route, est l’un de ces courts textes, ciselé pour dire l’essentiel et dans lequel la romancière met son pas dans celui du père du haïku.  » Quand on lit Bashô, on est frappé de voir combien les saisons, si attentivement suivies dans leur cycle, sont ressenties par les inconvénients et les malaises qu’elles apportent autant que par l’extase des yeux et de l’esprit que dispense leur beauté « . C’est tout « l’esprit-haïku » qui se trouve illustré ici.

En 1951 est publiée l’oeuvre majeure de Marguerite Yourcenar : Mémoires d’Hadrien, relate la démarche de transmission d’un empereur – Hadrien – auprès de son petit-fils qui atteindra aussi le sommet du pouvoir sous le nom de Marc-Aurèle.

Mais c’est en 1968, avec l’Oeuvre au noir, que Marguerite Yourcenar livre toute sa réflexion sur le monde tel qu’il se vit et l’impermanence qui nous accompagne.  » Qui serait assez insensé pour mourir avant d’avoir fait au moins le tour de la prison ?  » fait-elle dire à Zénon, le héros du roman.

 » Je n’ignore pas combien, il est plus facile de faire exprimer à un autre ce qu’on pense ou ce qu’on ressent que de l’exprimer en son nom propre « . Cette dernière opinion entre à mon sens en résonance avec l’art du haïku qui la réfute absolument, générant ainsi toute la singularité et la difficulté de l’art de mettre en forme les plus petits poèmes du monde.

Marguerite Yourcenar voue une admiration vraie à Bashô, celui qui pour elle  » vit peut-être plus que tout homme dans l’éternité de l’instant « .

Sa mort prochaine

Rien ne la fait prévoir,

Dans le chant de la cigale

Jean Le Goff

21 février 2015

Bibliographie :

– Le tour de la prison de Marguerite Yourcenar, éditions Folio. Paris 2013. 224 pages.

– Le Magazine Littéraire n° 550 décembre 2014

Marguerite Yourcenar (1903-1987)

Bashô (1644-1694)

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