HAIKU DU COEUR N° 160

OREILLER D’HERBES

– Première partie –

Est-ce le peigne de minuit

Qui fait tomber

Les étoiles du printemps ?

Natsume Sôseki

1867 – 1916

Si vous avez la chance de croiser un jour une oeuvre de Natsume Sôseki dans le rayon d’une librairie, sans hésiter, laissez-vous bercer. A moins que cela ne vous soit déjà arrivé, auquel cas vous adhérez, j’en suis sûr, à cet avis.

Natsume Sôseki demeure encore aujourd’hui comme l’un des plus grands écrivains du XXème Siècle dans l’archipel japonais. Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer certains de ses haïkus dans cette rubrique mais aujourd’hui je voudrai vous entretenir d’un de ses livres intitulé Oreiller d’herbes. Ce roman écrit en 1906 relève pour son auteur d’un défi lorsqu’il écrit en guise de présentation : « Si ce roman-haïku s’avère possible, il ouvrira de nouveaux horizons dans la littérature. Il ne me semble pas que ce type de roman ait déjà existé en Occident. En tout cas, il n’y en a jamais eu de tels au Japon ». Une gageure : offrir au lecteur un genre littéraire nouveau.

En résumé, l’oeuvre repose sur le récit d’un peintre qui se retire du monde, en montagne en l’occurrence, pour réfléchir sur son art. L’introduction mérite, à mon sens, toute l’attention du lecteur car elle dépeint merveilleusement l’intention de l’artiste.

« Je gravissais un sentier de montagne en me disant : à user son intelligence, on ne risque guère d’arrondir les angles. A naviguer sur les eaux de la sensibilité, on s’expose à se laisser emporter. A imposer sa volonté, on finit par se sentir à l’étroit. Bref, il n’est pas commode de vivre sur la terre des hommes.

Lorsque le mal de vivre s’accroit, l’envie vous prend de vous installer dans un endroit paisible. Dès que vous avez compris qu’il est partout difficile de vivre, alors nait la poésie et advient la peinture ».

Le haïku figurant en ouverture de cet article, apparait subrepticement sous la plume de l’artiste, « j’ai noté tous les poèmes qui me venaient à l’esprit », confie-t-il. Celui-ci surgit en premier, comme une évidence, comme un cadeau du ciel offert à celui qui s’est laissé conduire vers l’ailleurs de la création.

Nous évoquerons, la semaine prochaine, un autre aspect de ce roman si particulier et si attachant. Pour l’heure, je vous laisse en compagnie de Sôseki, sous les étoiles.

Jean Le Goff

28 février 2015

Bibliographie :

– Oreiller d’herbes de Natsume Sôseki aux éditions Rivages. Paris 2007. 169 pages.

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