HAIKU DU COEUR N° 165

HAIKU DU COEUR N° 165

L’adieu à l’arbre

Nous étions restés en extase la semaine dernière sur le spectacle délicat offert par le prunier lors de sa floraison et je vous avais laissé entendre que ce plaisir serait prolongé.

Voici un tanka crée il y a bien longtemps…

Nous sommes dans les années 880, Sugawara no Michizane est poète, docteur ès-lettres et ministre. Pour apprécier la nature, poète et docteur ès-lettres passe encore… ministre, c’est beaucoup plus compliqué ! Lors de son mandat, Sugawara no Michizane apprend que la fonction de ministre est une fonction exposée ; victime d’une cabale, il doit se résoudre à l’exil.

Au soir de son départ, réfugié une dernière fois dans ce qui fut son jardin, il écrit ceci :

Si le vent d’est se lève, envoie-moi ton odeur,

fleur de prunier

Et si tu n’as plus de maître, n’en oublie pas pour

autant le printemps

Ce poème est particulièrement touchant dans la mesure où l’homme déchu s’adresse à l’arbre comme à un ami. Lui prodiguant un conseil, il l’entoure de sa reconnaissance, faisant passer son parfum pour un langage à jamais inoubliable.

Les émotions glanées au dehors nous fortifient et Sugawara no Michizane (845 – 903) contribue ici à nous en convaincre.

Jean Le Goff

30 mai 2015

Bibliographie :

– Poèmes de tous les jours

Anthologie proposée et commentée par Ôoka Makoto

Traduction du japonais par Yves-Marie Allioux

éditions Picquier poche 1995. 230 pages.

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3 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 165 »

  1. Bonjour Jean et tout le monde,
    En écho au beau poème du Japonais Sugawara no Michizane, je vous rapporte ci-dessous un quatrain du Chinois Wei Chen Kang (韋承慶), un « petit maître » de l’époque Tang (618-907). Lettré et mandarin, il fut lui aussi calomnié et envoyé injustement en exil.
    Bon week-end.
    Dông Phong

    南行別弟

    澹澹長江水
    悠悠遠客情
    落花相與恨
    到地一無聲

    Traduction par Đông Phong :

    En partant vers le Sud, dire adieu au petit frère

    Douce, douce, coule la longue rivière,
    Long, long, l’étranger égrène son ennui,
    Une fleur égarée partage la même colère
    Et tombe au sol sans un bruit.

    (Extrait de Dông Phong, Des poètes de ma terre lointaine, Publibook, 2008)

    • Très joli poème en effet qui dit tout aussi bien la nostalgie provoquée par l’exil, amitiés

      Jean

      • Chacun devrait avoir un jardin secret, environnement mental où se réfugier comme Sugarawa no Michizane. Les arbres sont ses amis. IL s’y réfugie naturellement.
        Je vénère les arbres pour ce qu’ils nous apportent en protection et en évasion.
        Amitié J.P.
        et le chant des arbres….

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