HAIKU DU COEUR N° 180

HAIKU DU COEUR N° 180

L’INFLUENCE DU BANANIER

pleine lune d’automne

au bananier dans le jardin

je me mesure

Ryôkan (1758-1831)

Peut-être y aurait-il deux lectures à ce nouveau haïku de Ryôkan ?

La première et la plus évidente, le voit effectivement en contemplation dans le jardin devant un bananier et s’y adosser pour vérifier lequel de lui ou de l’arbre est le plus grand. Etait-ce dans le parc de l’ermitage du Mont Kugami où le maître vécut une vingtaine d’années ou dans l’un de ces multiples parcs où il séjourna au cours de ses nombreux périples ?

La seconde interprétation le rapproche de Bashô (1644-1694), le Maître du haïku par excellence et dont le nom signifie justement  » bananier « . Voilà donc une manière déguisée de signifier que Ryôkan s’exerce à l’art poétique du haïku. Il s’y mesure avec toute l’humilité inhérente à l’attitude des maîtres qui savent que cet art n’est pas aussi simple que peut l’imaginer le non-initié. Car le haïku nécessite une certaine adresse de plume qu’il convient d’entretenir. De plus, rien n’est plus volatile qu’un haïku, aussi, une fois saisi, s’agit-il de le coucher le plus vite possible en lieu sûr. On a souvent comparé l’art du haïku à celui de la chasse aux papillons, c’est dire toute la dextérité qu’il convient pour s’apprivoiser à l’exercice.

Enfin, on découvre que dans la religion bouddhique, le bananier est symbole de fragilité et de l’instabilité des choses car sa partie aérienne meurt après avoir fructifié. Dès lors, n’est-ce pas se mesurer à l’éphémère que d’écrire des haïkus aussi bien que de se confronter aux bananiers ?

Jean Le Goff

12 septembre 2015

Bibliographie :

  • Les 99 haïku de Ryôkan traduits du japonais par Joan Titus-Carmel, éditions Verdier 2009, 110 pages
  • Ryôkan, pays natal ; portrait et haïkus ; poèmes choisis et traduits du japonais par Cheng Wing fun et Hervé Collet, éditions Moundarren 2009, 110 pages
  • Ah ! Matsushima, l’art poétique du haïku : poèmes choisis et traduits par Cheng Wing fun et Hervé Collet ; calligraphie de Cheng Wing fun, éditions Moundarren 2001, 120 pages

Publicités

3 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 180 »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s