HAIKU DU COEUR N° 182

HAIKU DU COEUR N° 182

LA TETE SOUS LE BONNET

quelqu’un arrive

une fois de plus mon bonnet

je vais devoir ôter

Ryôkan (1758-1831)

Avouez que la réflexion est cocasse et irrévérencieuse à souhait ; solitaire et reclus, Ryôkan ne semble pas apprécier les importuns.

D’un ermitage isolé il a fait son royaume et il n’a que faire de ceux qui, quel que soit le motif, aspirent à venir jusqu’à lui. Comme nous l’avons indiqué la semaine dernière dans l’article précédent, nombre de ses congénères se sont interrogés sur la véritable foi qui l’anime. De la même manière et à travers ce tercet, le lecteur peut s’interroger sur le goût du moine à vouloir rencontrer les autres.

Doué selon ses contemporains d’une grande pureté, Ryôkan ne vise que la contemplation en ce bas monde. Qu’une telle attitude soit interprétée comme un repli sur soi ne parait pas incongru d’autant que l’homme semble très avide de solitude et d’isolement. Le cas de Ryôkan n’a rien d’exceptionnel à cette époque. Ce qui l’est plus, c’est la sincérité avec laquelle l’anachorète en vient à s’exprimer sur le sujet.

Mais peut-être que le tercet ne s’élève finalement que contre les convenances sociales et ce goût immodéré pour les multiples salutations qui, au Japon en particulier, précède tout échange dans la relation ?

Loin de rejeter toute visite, même impromptue, le moine fustigerait cette drôle d’habitude d’enlever son bonnet à l’arrivée du visiteur. Depuis l’époque médiévale, il est malvenu de conserver son bonnet, son casque ou son chapeau en présence d’un tiers. La signification de ce geste, il faut la rechercher dans la volonté de faire allégeance au visiteur, déclarer ainsi sa loyauté, notamment en évitant de se protéger le crâne en sa présence, aspirant ainsi à instaurer un climat de confiance mutuelle. Aujourd’hui, il s’agit de faciliter la relation en éliminant tout obstacle et toute entrave à l’échange.

Au confort de la relation, Ryôkan privilégie son confort personnel ; en rêvant de conserver son bonnet, prétend-il aussi préserver son indépendance ?

Jean Le Goff

26 septembre 2015

Bibliographie :

  • Ryôkan, pays natal ; portrait et haïkus ; poèmes choisis et traduits par Cheng Wing fun et Hervé Collet, éditions Moundarren 2009, 110 pages.
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