HAIKU DU COEUR N° 192

HAIKU DU COEUR N° 192

Sur les bancs de l’école…

Longue saison de pluie

L’odeur du bois

du crayon que je mordille

Sonoko Nakamura

1913 – 2001

Sonoko Nakamura fait partie de ces femmes-poètes considérées au Japon comme haïjins d’avant-garde ; c’est ce que dit le recueil que j’ai sous les yeux. Privée d’études universitaires car frappée par la tuberculose, elle se réfugie dans la poésie et est l’auteure de cinq recueils de haïkus.

Dans ce tercet, tout se passe comme si le temps suspendu de l’inspiration était remplacé par celui de l’ennui que l’auteure tente de dissiper en se livrant à une attaque en règle du crayon qui tarde à se mettre en action. Manière comme une autre de titiller la muse avant qu’elle se manifeste.

Mais la force de ce haïku réside aussi dans sa vivacité à nous rappeler les souvenirs d’écolier puis d’élève. Qui n’a pas planché sur un problème de géométrie ou réfléchi à l’orthographe du mot « phylloxéra » en mâchonnant mécaniquement l’extrémité de son crayon à papier autrement dénommé crayon de bois et transformé pour l’occasion en victime expiatoire d’une méconnaissance passagère ou d’une étourderie à éviter ? Cette image fait partie de ces situations de l’enfance ou de l’adolescence qui coexistent dans nos mémoires avec l’odeur de l’encre ou de la craie, le tableau mélancolique des blouses grises regroupées un jour de pluie sous le préau ou la séquence calcul mental du début de journée.

J’ai souvenance de crayons martyrisés plus que de raison : ils participaient à leur manière à la gestion du stress face à la difficulté de raisonnement. A la longue, ils se transformaient en vieux compagnons de combat; leur présence s’avérant essentielle avant d’affronter ce que nous appelions le sujet d’une « interro ». Malgré leur aspect peu engageant, il n’était pas question de se séparer de ces bouts de mine ; leur odeur même devenait une alliée et il eût été sacrilège de les remplacer par des pointes fières et gaillardes mais qui ignoraient les affres de l’interro-surprise en arithmétique le lundi matin.

Jean Le Goff

12 décembre 2015

Bibliographie :

  • Du rouge au lèvres. Anthologie. Haijins japonaises. traduit du japonais par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku. éditions Points. Paris 2010. 270 pages.

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