HAIKU DU COEUR N° 202

HAIKU DU COEUR N° 202

L’ENFANT DE L’EXIL

Je le soulève dans mes bras

cet enfant

à l’odeur de l’hiver !

Nakajima Takeo

De certains haïkus, on peut dire parfois qu’ils entrent en résonance avec des circonstances nées d’une actualité  par trop brûlante et bouleversante.

Que l’on s’imagine combien il doit être interminable cet hiver pour tous ces enfants qui, dans la jungle de Calais, pataugent quotidiennement dans un cloaque ouvert à tous les vents des dissensions internationales. Ces enfants de l’exil, nous rêvons tous de les soulever dans nos bras afin de leur éviter ce qui marque de manière irrémédiable leurs tendres années. La jungle engendre la jungle et à la veille d’un démembrement massif de cette zone calaisienne sans droit, on ne peut que baisser les yeux de honte devant autant d’inhumanité. L’époque sera marquée dans l’Histoire du sceau de ces exactions commises à l’encontre de populations qui ne demandent qu’à vivre sereinement et vers lesquelles nous sommes incapables de tendre nos mains.

Comment peut-on imaginer que tous ces enfants aient l’odeur de l’hiver, si ce n’est qu’en constatant que ce sont les adultes qui, eux, s’imprègnent d’odeur d’inhumanité. La responsabilité en incombe aux gouvernants qui pataugent, eux en costume-cravate, dans le marigot de leurs contradictions et des luttes de pouvoir qui les entourent et dont ils font commerce.

« Chaque génération sans doute se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse », affirmait Albert Camus, déjà en 1957, dans son discours de Prix Nobel de Littérature. C’est Christiane Taubira qui rappelle cette opinion dans son dernier ouvrage intitulé « Murmures à la jeunesse », et ce faisant, elle pose une question : « Que sait-on de l’hospitalité et de la fraternité, si écoutant Brassens chantant Pour l’Auvergnat, l’on ne s’est tout entier embué ? »

Jean Le Goff

20 février 2016

Bibliographie :

  • Le poème court japonais d’aujourd’hui. Présentation, choix et traduction de Corinne Atlan et Zéno Bianu. nrf / Poésie / Gallimard. Paris 2007. 220 pages.
  • Murmures à la jeunesse de Christiane Taubira. Philippe Rey éditions. Paris 2016. 94 pages.

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2 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 202 »

  1. les bons sentiments sont importants comme préralables à l’aide….après c’est une affaire de lutte
    ce poème est beu

    • Dans l’ouvrage précité Christiane Taubira pose une autre question : « Avons-nous à ce point désappris à dire ?  » … la poésie peut faire naître l’action, merci et bien cordialement,

      Jean Le Goff

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