HAIKU DU COEUR N° 238

HAIKU DU COEUR N° 238

Jardin de mots pour le souvenir

Rouge sans fond des érables –

impuissant

les larmes m’envahissent

Takahama Kyoshi

Dans la très belle anthologie mentionnée en bibliographie et d’où ce haïku est extrait, figure une note relative à ce tercet mentionnant qu’il fut écrit en 1946 dans un Japon exsangue à l’issue de la seconde guerre mondiale de laquelle il dut sortir en capitulant.  » Le contraste entre la beauté du Japon éternel symbolisé par les feuilles rouges d’automne et la situation terrible que vit le pays saisit le poète d’une émotion intense « .

Le haïku s’invite souvent au jardin du souvenir : combien de fois ne nous remémorons-nous pas le lieu exact et les circonstances précises dans lesquelles tel ou tel de nos propres haïkus a été écrit ? Son côté  » arrêt sur image  » couplé avec cette raison d’être une photographie du présent qui s’écoule sous nos yeux, constitue une force pour faire face à l’avenir. L’amateur de haïku conserve à l’esprit un jardin d’images mises en mots et qui sont toujours disponibles tant sa mémoire s’est attachée à les entretenir.

Haïku d’automne, d’un automne au coeur de la période de  » momijigari « , c’est-à-dire celle au cours de laquelle les Japonais affectionnent d’aller admirer les érables, dans la même veine mais à l’opposé de l’année où au  » hanami  » ils vont observer la chute des fleurs de cerisiers, ce tercet renvoie aussi à un évènement beaucoup plus tragique dans l’histoire des gens de pays. Comme quoi, la légèreté du haïku peut s’avérer être comme une illusion d’optique, un leurre, si l’attention de lecteur est par trop distraite. Méfiez-vous de l’apparente frivolité du haïku, elle dissimule parfois de grandes profondeurs.

Jean Le Goff

5 novembre 2016

PS : Pour la petite histoire, cette rubrique  » Haïku du Coeur  » est ouverte depuis 4 ans et je remercie chaleureusement ici celles et ceux qui me suivent régulièrement dans cette jolie aventure,… au plaisir !

Bibliographie :

  • Haïku du XX ème siècle. Le poème court japonais d’aujourd’hui. Présentation, choix et traduction de Corinne Atlan et Zéno Bianu. nrf / poésie / Gallimard. Paris 2007. 220 pages.

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