HAIKU DU COEUR N° 240

HAIKU DU COEUR N° 240

Le destin des chrysanthèmes

Les derniers chrysanthèmes

ne parviennent pas

à éviter le vent

Teijo Nakamura 1900-1988

Ce n’est pas tant de les voir se faner qui nous émeut le plus ; chacun sait que la nature ne s’arrête jamais. Les chrysanthèmes ne provoquent pas un sentiment de tristesse parce qu’ils se fanent. Nous savons que les choses sont ainsi, que l’ordre du monde est respecté et que ces centaines de petites fleurs se regroupent entre elles pour apporter à la plante sa flamboyance, éphémère cependant, vouée aux premiers frimas à l’étiolement puis la disparition.

Ce qui nous choque à l’inverse, c’est lorsqu’une tempête survient pour les bousculer. Avec leurs grosses têtes, ils ont si peu le sens de l’équilibre qu’une seule rafale suffit à les mettre sens dessus dessous. Il me semble les entendre gémir lorsqu’ils se retrouvent dans cette position précaire. La raison du plus fort est aussi la plus cruelle et le cimetière prend alors des allures de champ de bataille.

Ce haïku est touchant parce qu’il s’arrête sur le destin des chrysanthèmes, fleurs sacrées que le vent défie et qu’en occident nous offrons en souvenirs à nos disparus alors qu’au Japon ils sont considérés comme les fleurs impériales. Chez nous, le roi avait la fleur de lys, au Japon, l’empereur a celle du chrysanthème. Mais, comme nous l’indique ce haïku, c’est toujours le vent qui préside au destin des chrysanthèmes.

Jean Le Goff

19 novembre 2016

Bibliographie :

  • Anthologie ; Du rouge aux lèvres ; Haïjins japonaises ; traduction et présentation de Dominique Chipot et Makoto Kemmoku ; éd bilingue ; Poésie / Points ; Paris 2010 ; 270 pages.
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6 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 240 »

    • C’est toujours un plaisir que de vous proposer ces articles, d’autant plus d’ailleurs que des réactions se produisent ! Merci à vous pour votre fidélité,
      Jean Le Goff

  1. Il n’y a pas que les éléments qui fanent les chrysanthèmes. Nous oublions assez vite la Toussaint, même si nous avons mis tout notre cœur en fleurissant nos morts. Fin novembre nous pousse vers Noël et déjà les premiers chants résonnent, nous entraînant vers la vie, la joie.

    Fin novembre
    La Toussaint oubliée
    Cimetières en désordre

    Fin novembre
    Les chrysanthèmes dépriment
    ~ Chants de Noël

    • C’est vrai cher Ami, mais nos disparus nous restent chers même au moment des autres fêtes où nous pensons encore à eux, d’une autre manière en quelque sorte. Merci pour ce témoignage et votre intérêt pour Le Haïku du Coeur du samedi,
      au plaisir !

      Jean Le Goff

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