HAIKU DU COEUR N° 242

HAIKU DU COEUR N° 242

Cette main froide

Presque une nuit d’automne –

le souvenir

de sa main froide

Kinoshita Yûgi

Voici l’oeuvre d’un  auteur inédit dans cette rubrique Haïku du Coeur. Né en 1914 et disparu en 1965, une note internet wikipédia stipule que Kinoshita Yûgi fut poète avant tout, au point de laisser de côté sa profession de pharmacien. Sa famille rapporta qu’il avait coutume de faire payer moins cher les médicaments à ceux qui apparaissaient dans une situation précaire. Le reste du temps, il se consacrait à ses poèmes dont 400 sont passés à la postérité.

Avec ce haïku, le ton parait implacable comme ce froid qui nous envahit et contre lequel il est si difficile de lutter. On ne peut qu’avoir une pensée pour tous ceux qui, en ce moment, et par des températures extrêmement basses, doivent vivre sans toit. Sans être en mesure de mettre des visages sur ces miséreux, leurs silhouettes nous poursuivent comme des fantômes drapés dans une dignité qui ne nous réclame rien mais dont, malgré tout, nous nous sentons redevables.

Devant un tel tercet, on se prend à imaginer voire à questionner. A qui peut bien appartenir cette main, cette main froide qui nous glace jusqu’au sang même si nous ne pouvons l’identifier formellement ? Cette main froide est l’archétype de toutes les mains froides qui apparaissent irrémédiablement avec l’hiver, la maladie, la souffrance ou le deuil. C’est la main froide de nos malheurs et de nos infortunes, la main froide de nos échecs et de nos frustrations, celle de nos incapacités à communiquer ou à nous faire comprendre. Cette main la, elle est de toutes les saisons, elle glisse plutôt le soir ou la nuit et si elle se tend c’est plus pour chercher une dernière étreinte que pour nous rassurer.

Avec ces trois vers, Kinoshita Yûgi nous rappelle qu’on a tous le souvenir d’une main froide.

Jean Le Goff

3 décembre 2016

Bibliographie :

  • Haïku du XXème Siècle. Le poème court japonais d’aujourd’hui. Présentation, choix et traduction de Corinne Atlan et Zéno Bianu. nrf / Poésie / Gallimard. Paris 2007. 220 pages.

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