HAIKU DU COEUR N° 152

« La femme est l’avenir de l’homme »

 

 

 

ouvrant puis refermant

la porte couverte de neige

un visage de femme

Hosaï

1885 – 1926

Et le Nouvel An est arrivé !

Joyeuse année à Toutes et à Tous !

Pour ouvrir l’année 2015 sur une note positive et charmante, il me fallait choisir un haïku rempli d’espoir dans l’oeuvre de Hosaï.

« Le fou d’Elsa » qu’était Louis Aragon déclama : « L’avenir de l’homme est la femme » ; Jean Ferrat chanta : « La femme est l’avenir de l’homme ». De manière plus sobre, Hosaï parait ici suggérer la même chose. Son haïku incite le lecteur à se détourner de l’hiver ou tout au moins de la subir de manière plus supportable.

Ce haïku m’évoque aussi les très belles pages de Yasunari Kawabata dans son roman « Pays de neige ». Un homme voyage en train, il se rend au pays de neige. Il fait nuit et le voyageur feint de perdre son regard dans le paysage qui défile sous ses yeux. En fait, de l’autre côté du compartiment se trouve une femme et c’est son visage qu’il observe dans la vitre du wagon. « Un monde d’une beauté ineffable et dont Shimamura se sentait pénétré jusqu’au coeur, bouleversé même, quand d’aventure quelque lumière là-bas, loin dans la montagne, scintillait tout à coup au beau milieu du visage de la jeune femme, atteignant à un comble inexprimable de cette inexprimable beauté (…) Aussi vint-il à oublier facilement qu’il contemplait une image reflétée dans une glace, pris peu à peu par le sentiment que ce visage féminin, il le voyait dehors, flottant et comme porté sur le torrent ininterrompu du paysage monstrueux et enténébré ».

Meilleurs Voeux à Toutes et Tous, merci de votre fidélité. Que ce modeste billet soit pour vous un préambule à de merveilleuses lectures tant de poésies que d’oeuvres romanesques au cours de l’année 2015.

Jean Le Goff

3 janvier 2015

Bibliographie :

– Hosaï, sous le ciel immense sans chapeau.

Poèmes choisis et traduits par Cheng Wing fun et Hervé Collet.

éditions Moundarren. Millemont 2007. 124 pages.

– Le Fou d’Elsa de Louis Aragon

– La femme est l’avenir de l’homme de Jean Ferrat

– Pays de neige de Yasunari Kawabata

Romans et nouvelles de Kawabata.

La Pochotèque Albin Michel. Parsis 2008. 1624 pages.

HAIKU DU COEUR N° 151

NOTE D’HUMEUR DE FIN D’ANNEE

pas même la visite d’un créancier

le dernier jour de l’année

toujours aussi seul

Hosaï

1885 – 1926

Il n’est pas interdit de vivre dans la solitude en conservant le sens de l’humour. Il n’est pas interdit de vivre dans la misère tout en souhaitant voir quelqu’un, fût-il un créancier. L’isolement n’empêche pas la plaisanterie, l’autodérision peut être un gage de bonne santé. Ce tercet démontre combien Hosaï peut apparaitre léger dans son art, malgré le poids de ses malheurs.

Par ce haïku, le Maitre suggère aussi son aversion vis-à-vis de la société qu’il juge imprégnée par des mesquineries et où les valeurs d’humanisme sont bafouées le plus souvent. A ce point de vue les début du vingt-et-unième siècle ne semblent rien devoir, en matière d’individualisme notamment, au siècle précédent. Depuis longtemps donc les « lumières » se sont éteintes, remplacées par les artefacts du paraitre, du profit, de la compétition.

S’il subissait sa solitude, le poète s’employait aussi à se protéger. Assommé de dettes, il n’en demeurait pas moins un homme debout et critique vis-à-vis de son environnement. Acculé à se retirer, Hosaï ne fut toutefois pas réduit au silence et son art du quotidien en témoigne.

Jean Le Goff

27 décembre 2014

Bibliographie :

– Hosaî, sous le ciel immense sans chapeau.

Poèmes choisis et traduits par Cheng Wing fun et Hervé Collet.

éditions Moundarren. Millemont 2007. 124 pages.

HAIKU DU COEUR N° 150

PASSER L’HIVER

une paire de sandales

dépareillée

pour passer tout l’hiver

Hosaï

1885 – 1926

A l’évidence, l’homme est pauvre… Il vit même dans l’extrême dénuement qui fait suite à tous ses déboires sur le plan professionnel. Le saké et l’humeur instable auront eu raison de ses dispositions de départ à exercer un métier dans le secteur des … assurances.

Placide, tout en étant écorché-vif, Hosaï se libère des contraintes originelles du haïku pour nous instruire sur sa condition du moment.

Ce haïku suggère toute la misère du monde en ces temps où les uns et les autres n’aspirent qu’à la concorde vers le bien-être au cours des fêtes à venir.

Si le mode d’expression change au cours des époques, la misère quant à elle, n’est pas à la veille de disparaitre et le nombre de personnes  » aux sandales dépareillées  » ne fait que croitre, y compris dans nos pays dits  » riches « .

Ce tercet de Hosaï demeure tristement d’actualité…

Jean Le Goff

20 décembre 2014

Bibliographie :

– Hosaï, sous le ciel immense sans chapeau.

Poèmes choisis et traduits par Cheng Wing fun et Hervé Collet.

Editions Moundarren. Millemont 2007. 124 pages.

HAIKU DU COEUR N° 149

Douleur de l’absence

les feuilles de bambous

bruissent

les gens me manquent

Hosaï

1885 – 1926

Cette oeuvre de Hosaï pourrait servir à prolonger le propos de l’article précédent ; son caractère autobiographique est évident et la plainte qu’elle traduit se trouve d’autant plus renforcée qu’ici elle est explicite.

Hosaï joue ici sur le contraste qu’il y a entre le bruit « joyeux » des feuilles de bambous et le sentiment qui l’habite au même moment. Le bambou est en effet considéré comme un végétal de bon augure dans l’archipel japonais. Autant que le cerisier ou le pin, mais avec la particularité que le bruit de ses feuillages provoque dans l’inconscient collectif l’éloignement des mauvaises influences, des pensées délétères.

Ici pourtant, devant cette situation, l’auteur ne peut s’empêcher d’avoir les idées tristes car il se trouve isolé. Esprit chagrin, dirions-nous. Hosaï sera toute sa vie d’adulte reclus dans la douleur de la séparation après une expérience amoureuse malheureuse. Dans ce haïku, le contraste qu’il exprime crée la césure et donne à l’ensemble du tercet toute son émotion.

Jean Le Goff

13 décembre 2014

Bibliographie :

– Hosaï, sous le ciel immense sans chapeau.

Poèmes choisis et traduirs par Cheng Wing fun et Hervé Collet.

Editions Moundarren. Millemont 2007. 124 pages.

– Dictionnaire des symboles

Jean Chevalier. Alain Gheerbrant.

Editions Robert Laffont. Paris 1991. 1060 pages.

HAIKU DU COEUR N° 148

Mélancolie

 

nous disant adieu

au chant des cigales, le soir

qui s’amenuise

 

 

Hosaï

1885 – 1926

Des articles de la rubrique Haïku du Coeur des semaines passées, chacun a bien perçu pourquoi Hosaï était très justement qualifié de poète de la solitude. Avec ce nouveau haïku du Maitre, cette tendance est suggérée, tout se passant comme si l’évocation du sentiment s’effectuait en creux. L’impression de mélancolie qui auréole ces vers, est provoquée par cette nécessité de séparation définitive dont on ne connait pas l’origine.

Le chant des cigales accroit cette impression car on pressent qu’à la tombée du jour, il est sur le point de s’interrompre. Dans la culture japonaise la cigale symbolise la complémentarité ombre-lumière car l’insecte vit de l’alternance entre silence nocturne et stridulations diurnes.

Par suite, l’auteur est au prise avec des sentiments contradictoires. Le poète discerne l’approche du silence inhérent à sa solitude et la disparition du chant de l’amitié ou de l’amour le renvoie à sa condition.

Hosaï parsema ainsi son chemin d’oeuvres que ses contemporains considérèrent parfois comme très (trop ?) autobiographiques. Prônant souvent l’abandon des consignes formelles de composition du haïku, il écrivit à partir de ses impressions, de l’état d’esprit dans lequel il se trouvait. Son oeuvre complète est attachante à ce titre notamment.

Jean Le Goff

6 décembre 2014

Bibliographie :

– Hosaï, sous le ciel immense sans chapeau. Poèmes choisis et traduits par Cheng Wing fun et Hervé Collet. Editions Moundarren. Millemont 2007. 124 pages.

HAIKU DU COEUR N° 147

RECLUSION

le shoji fermé

la solitude

redouble

Hosaï

1885 – 1926

Le shoji est, comme chacun sait, la porte coulissante qui isole l’habitant dans le logement traditionnel japonais. Né en Chine où il signifie  » barrière de bambous « , il s’est expatrié au Japon depuis des lustres où il est souvent constitué par du papier de riz et laisse passer la lumière. Il apparait souvent dans le haïku classique, marquant la frontière entre le dedans et le dehors.

Hosaï traduit ici qu’un simple geste conduit chez lui à l’enfermement provoquant aussitôt l’acmé du sentiment de solitude qui le ronge.

La plume du poète n’est pas loin de traduire ici une véritable détresse existentielle. Dans la biographie qui nous est parvenue de Hosaï, le lecteur ne lui découvre qu’un véritable ami en la personne de Seisenhui. Âme charitable, ce dernier lui vient en aide à chacun des revers qui émaillent son cheminement.

Après sa disparition, Seisenhui déclarera :  » se débarrasser de tout et être comme le ciel immense était son idéal … Sans possession, telle était sa devise « .

On touche ici au suprême détachement ; sans lien ni avec les êtres, ni avec les choses, Hosaï semble avoir vogué vers un ailleurs qu’il espérait et dont il était le seul à détenir le secret.

Comment, dès lors, ne pas être touché par ce tercet si simple et qui sonne tel un aveu ?

Jean Le Goff

29 novembre 2014

Bibliographie :

– Hosaï, sous le ciel immense sans chapeau.

Poèmes choisis et traduits par Cheng Wing fun et Hervé Collet. éditions Moundarren. Millemont 2007. 124 pages.

HAIKU DU COEUR N° 146

 » Les Passantes « 

les vagues montant

jusqu’à ses seins

une femme

Hosaï

1885 – 1926

Note sensuelle : par ces trois vers, Hosaï nous livre une pensée secrète ; de celles qui occupent son esprit lorsqu’il arpente le rivage, drapé de sa solitude incurable. Car cette solitude est subie chez cet homme qui doit beaucoup de ses souffrances au dépit amoureux.

Trois vers peuvent suffire à résumer une idylle ; un haïku peut suggérer une histoire, histoire d’amour ou de rupture, histoire de rencontre, histoire d’émerveillement à la croisée de deux chemins.

Ce haïku m’évoque le très beau poème de Antoine Pol, divinement mis en musique et interprété par Georges Brassens et qui s’intitule « Les Passantes » :

… Alors aux soirs de lassitude

Tout en peuplant sa solitude

Des fantômes du souvenir

On pleure les lèvres absentes

De toutes ces belles passantes

Que l’on n’a pas su retenir.

Et s’il était nécessaire de s’en convaincre, ajoutons que le haïku mène à toutes les émotions… celles-là même qui figurent aussi quelquefois dans les plus belles pages de la poésie française.

Jean Le Goff

22 novembre 2014

Bibliographie :

– Hosaï, sous le ciel immense sans chapeau.

Poèmes choisis et traduits par Cheng Wing fun et Hervé Collet

éditions Moundarren. Millemont 2007. 124 pages.

– Les Passantes : texte de Antoine Pol ; musique de Georges Brassens.

HAIKU DU COEUR N° 145

Poésie de la solitude

dans ma solitude

une libellule a consenti

à se poser sur le bureau

Hosaï

1885 – 1926

Hosaï fut qualifié de poète de la solitude. Nombre de ses tercets évoquent celle-ci et souvent sous un angle, non pas de bien-être, mais plutôt avec le sentiment de la subir au quotidien. Ses amours de jeunesse contrariées sont vraisemblablement à l’origine de cet état d’esprit que ses errances sous l’emprise du saké ne feront qu’aggraver.

Le poète pose ici en compagnie d’une libellule et attribue à l’insecte une intention qu’on pourrait traduire par de l’empathie que, très certainement, elle n’a pas.

Tout se passe comme si Hosaï était dans l’attente de compagnons de route. Ouvert aux évènements extérieurs, il se satisfait de la présence fugitive de l’insecte qui est parmi les plus vifs à se déplacer.

L’allusion à la fragilité des relations en ce monde mérite d’être énoncée ; élégante et légère, la libellule n’en est pas moins déconcertante par ses sauts dont elle est seule à détenir le secret.

D’une libellule tu feras un personnage lorsque l’absence te pèse, semble nous confier Hosaï. Il peut apparaitre ici comme un exemple d’artiste maudit et incompris que nous pouvons ranger aux côtés de ceux que nous connaissons et qui figurent dans la galerie de notre mémoire collective.

Jean Le Goff

15 novembre 2014

Bibliographie :

– Hosaï, sous le ciel immense sans chapeau.

Poèmes choisis et traduits par Cheng Wing fun et Hervé Collet. éditions Moundarren. Millemont 2007. 124 pages.