HAIKU DU COEUR N° 268

En passant

HAIKU DU COEUR N° 268

LOIN DU MONDE

 

Loin du monde

Mon coeur est libre

Journée de printemps

Natsumé Sôseki

1867 – 1916

 

Que ce nouvel arrêt sur image vous permette d’apprécier à sa juste valeur ce nouveau haïku né de la plume de Sôseki. Peut-être vous apparaitra-t-il comme à moi en tant que vibrant plaidoyer vis-à-vis de l’indépendance et de son corollaire : la solitude ?

Conjointement, l’auteur dévoile ici un pan de son goût pour le travail de méditation et de réflexion loin des fureurs du monde, accaparé qu’il est par la construction d’une oeuvre qui, un siècle plus tard ne vieillit guère. Les haïkus ont en effet une importance toute particulière dans le monument de littérature et de poésie élaboré par Sôseki.

Le printemps est saison de liberté avec ses aurores animées par les chants d’oiseaux et ses soirées prolongées auprès d’une nature enrichie de senteurs multiples. Le printemps donne à voir de notre puissance à embrasser le monde ou à nous en extraire comme dit ce tercet.

Le poète est loin du monde même si grâce à ses mots et sa langue il s’en rapproche à pas feutrés ; le poète a le coeur libre, ses mots sont là pour nous en convaincre.

 

Jean Le Goff

3 juin 2017

 

Bibliographie :

  • Haïkus de Sôseki ; éditions Picquier poche ; Paris 2009 ; 140 pages.

 

 

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HAIKU DU COEUR N° 267

En passant

HAIKU DU COEUR N° 267

Brève de vie

De la civière qui me porte

L’aster est invisible

Flotte dans le soir l’huile de paulownia

Natsumé Sôseki

1867 – 1916

Poursuivons ici et pour quatre semaines encore notre voyage dans l’oeuvre de Sôseki ; en effet, à la fin du printemps, nous passerons à autre chose, mais il sera toujours assez tôt pour en parler.

Pour l’heure, voici ce qu’écrit Sôseki à propos de Choses dont je me souviens, l’un de ses ouvrages écrit d’octobre 1910 à février 1911, à une période où l’auteur est malade. « Choses dont je me souviens n’est rien de plus qu’un ensemble feutré, reposant sur les réflexions et le quotidien banal d’un homme malade aux prises avec la maladie. »

Dans cet ensemble feutré, le haïku proposé ici relate le ressenti du malade lors de son hospitalisation. Dans le récit, il précise que comme il pleuvait les brancards étaient enduits par de l’huile de paulownia. Ainsi se retrouve-t-on au plus près de la réalité de celui qui fait son entrée dans un univers sinon hostile du moins angoissant.

Ailleurs dans le texte, Natsumé Sôseki ne manque pas d’insister sur le fait que pendant longtemps il ignora l’art du haïku. Tout se passe alors comme s’il s’employait à convaincre le lecteur que cet art n’a rien d’inné mais qu’il nécessite simplement d’être apprivoisé.

Quelles que soient les circonstances traversées dans la vie, le haïku peut y trouver sa place car bien que sans prétention, il est art subtil et tout en nuances.

Jean Le Goff

27 mai 2017

Bibliographie :

  • Choses dont je me souviens de Natsumé Sôseki ; traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu ; éditions Picquier poche ; Paris 2005 ; 180 pages.

HAIKU DU COEUR N° 266

En passant

HAIKU DU COEUR N° 266

… par la plume et l’encre

Jardin au crépuscule

Sans allumer la lampe ni tirer le volet

Je reste à contempler les fleurs

Natsumé Sôseki

1867 – 1916

Le scénario est quasi-identique à chaque fois : je sélectionne celui qui sera le Haïku du Coeur de la semaine. Vient alors la question : mais, n’en ai-je pas déjà parlé ? Depuis 4 ans et demi que la rubrique existe, le risque de faire redondance apparait grand. C’est pourquoi je consulte mes archives pour constater que non, celui-là n’est jamais sorti. Ouf! Le monde du haïku est une galaxie et les étoiles y rivalisent entre elles.

Concernant Sôseki, son oeuvre est immense. Un jour je me dis que je stopperai toutes mes autres lectures pour consacrer toute mon attention à ses romans et ses haïkus. « Je suis un chat », « Sanshiro », « Le pauvre coeur des hommes », « Clair-obscur », « Choses dont je me souviens », etc, etc, Sôseki a consacré son existence à l’écriture. C’est un peu l’auteur japonais qui appliqua « le théorème » de Gabriel Garcia-Marquez : « vivre pour la raconter ».

Plus sérieusement, Natsumé Sôseki s’est construit un véritable monument littéraire et nul évènement aussi ténu soi-il ne semblait avoir grâce à ses yeux si ce n’est qu’après être passé au tamis de l’écriture.

Sélectionner un haïku de Sôseki, c’est retenir « un instant d’élite » dans la vie du poète et romancier qui respirait… par la plume et l’encre.

Jean Le Goff

20 mai 2017

Bibliographie :

  • Haïkus de Sôseki ; éditions Philippe Picquier poche ; Paris 2009 ; 140 pages.

HAIKU DU COEUR N° 265

En passant

HAIKU DU COEUR N° 265

L’hirondelle

Sur l’aile du vent

Légère et lointaine

L’hirondelle

Natsumé Sôseki

1867 – 1916

C’est un haïku à la fois sobre et très beau que nous offre Natsumé Sôseki ce matin. J’aime à vous faire goûter une telle oeuvre qui nous rapproche de la nature et de la poésie. Tout ici inspire grâce et légèreté. L’hirondelle de ce poème n’est même pas furtive, elle règne, et se laisse admirer tant elle est sûre de sa majesté.

En mai, voici venu le temps des hirondelles et des dictons qui les accompagnent. Elles nous prévoient le temps qu’il va faire, nous laissent supposer que si l’une ne fait pas le printemps, les choses sont toujours plus compliquées dans la vraie vie. Disons-le sans hésiter, les hirondelles nous paraissent mystérieuses, raison pour laquelle elles nous incitent à disserter.

N’aimez-vous pas les entendre gazouiller lorsqu’elles sont en bandes et qu’un ciel d’orage survient en soirée ? On croirait qu’elles souffrent d’une chaleur qui leur devient insupportable, elles qui pourtant suivent la courbe du soleil. Leur vol désordonné donne à penser qu’elles sont devenues ivres et qu’elles s’encouragent les unes les autres afin de garder le cap.

De leurs conciliabules sur les fils électriques, je ne dirais rien. Théophile Gautier, en son temps, a imaginé ce qu’elles se disaient. Relisez son ode propice à nous faire voyager.

Jean Le Goff

13 mai 2017

Bibliographie :

  • Haïkus de Sôseki ; éditions Philippe Picquier poche ; Paris 2009 ; 140 pages.

HAIKU DU COEUR N° 264

En passant

HAIKU DU COEUR N° 264

Pétales de neige

Fleur de prunier éclose avant l’heure

Je lui ai donné un nom

Pétales de neige

Natsume Sôseki

1867 – 1916

Comment ne pas goûter la beauté de ce haïku ? Il témoigne de la passion de Natsume Sôseki pour l’observation des choses de la nature. Sa plume s’est arrêtée sur tant de moments sublimes que cette écriture en devient familière et semble ne jamais vieillir.

C’est comme une fête des sens et de contemplation qui donnerait lieu à réflexion et sublimation grâce au talent du poète. La fleur de prunier, si belle et si fragile, devient par le verbe une attraction lyrique qui nous tient à coeur.

Dans un opéra – La Fille de neige – de Rimski-Korsakov, la fée Printemps est tombée amoureuse du vieil Hiver : ce haïku semble être extrait de l’oeuvre musicale pour le plaisir des yeux.

C’est ainsi que parfois les talents de créateurs s’entrecroisent, comme autant de sources inépuisables d’aimer la vie, la nature et ses spectacles.

Jean Le Goff

6 mais 2017

Bibliographie :

  • Haïkus de Sôseki ; éditions Philippe Picquier poche ; Paris 2009 ; 140 pages.

HAIKU DU COEUR N° 263

En passant

HAIKU DU COEUR N° 263

Au galop de mon cheval

Au galop de mon cheval

Sans fin le vent printanier m’emporte

Eternel printemps

Natsume Sôseki

1867 – 1916

Ce haïku de Natsume Sôseki est construit comme une allégorie et s’il apparait d’actualité, il n’en demeure pas moins comme étant une incitation à l’optimisme. Un optimisme de bon aloi si l’on considère ce galop revigorant autant que ce trait de plume qui a le don de nous ragaillardir.

Certes, il sera dit que le haïku ne vise à dire que ce qu’il ambitionne de décrire mais il arrive parfois, comme ici par exemple, que le haïku en question ouvre l’esprit sur un chemin buissonnier, une sente de traverse sur laquelle les mots flirtent avec les idées et les idées avec les rêves.

La poésie est un supplément d’âme, elle ne se décrète pas, ne vise pas à faire joli, elle vient du plus profond. Le haïku est poésie et sa brièveté parfois nous renverse. Allons le plus loin possible vers ces printemps de poésie qui à défaut d’être éternels nous offrent des instants de pur bonheur, c’est ainsi que comme l’écrivait Paul Verlaine :  » Nous sourirons à tous et n’aurons peur de rien « .

Jean Le Goff

29 avril 2017

Bibliographie :

  • Haïkus de Sôseki ; éditions Philippe Picquier poche ; Paris 2009 ; 140 pages.

HAIKU DU COEUR N° 262

En passant

HAIKU DU COEUR N° 262

Colza en fleur

Sous ma fenêtre un éclat jaune

Colza en fleur

Clair crépuscule d’un printemps de brume

Natsume Sôseki

1867 – 1916

Sans doute que comme moi vous avez eu l’occasion ces jours-ci de vous émerveiller devant le spectacle magnifique des champs de colza, tous plus éclatants les uns que les autres sous le bleu des ciels azurés en ce printemps festif en couleurs. C’est la fête des couleurs, le jaune vif en particulier mais aussi le mauve des lilas que nous aurons l’occasion d’évoquer une prochaine fois.

Que les mots naissent d’une exaltation nous le savions et ce haïku qui émerge, commence par cheminer sous la plume d’un Maître : Natsume Sôseki en l’occurrence. Puis, il va se répandre de lèvres en lèvres chez les initiés ou tout simplement les amoureux de la nature.

Rappelons-nous que Sôseki dont l’oeuvre est venue enrichir quelques-unes des pages de la rubrique Haïkus du Coeur, est considéré comme un très grand écrivain et poète dans son pays. Chantre du temps qui passe, il est auteur classique par excellence autant par ses récits et romans que pour ses haïkus. On peut affirmer qu’une bonne partie de sa vie est passée à la postérité grâce à ses écrits ; ainsi, près de 2500 haïkus de sa composition sont passés de l’instant à l’éternité.

Sôseki est l’auteur d’une myriade de contemplations déclinées en haïkus à lire et relire comme des bribes d’un passé qui grâce à sa plume, respirent encore.

Jean Le Goff

22 avril 2017

Bibliographie :

  • Haîkus de Sôseki ; éditions Philippe Picquier poche ; Paris 2009 ; 140 pages.