HAIKU DU COEUR N° 86 EDITION SPECIALE

… DES YEUX DE VERRE

Ils ont des yeux luisants
De santé, de jeunesse, d’espoir …
Ils ont des yeux de verre

Une fois n’est pas coutume, je ne vous révèlerai l’identité de l’auteur de ce haïku que plus loin dans cet article.

Et puis ceci également :
« C’est l’ambition, le violation des droits, le mépris des traités qui engendrent et perpétuent les guerres entre les peuples ; c’est du désintéressement, du généreux oubli de soi-même que naît l’amour de l’humanité. La guerre détruit, l’amour de l’humanité répare et fonde. La guerre arme les uns contre les autres, jusqu’aux enfants d’un même pays ; l’amour de l’humanité nous montre des frères partout où se trouvent des êtres créés à notre image, quelle que soit la contrée qui les a vus naître, les lois qui les régissent, la religion qui les gouverne. Mais c’est tout le contraire, hélas ! Les noms des héros qui ont bouleversé les empires, porté partout la désolation et la mort, sont restés gravés dans toutes les mémoires ; il n’est point permis d’ignorer l’histoire de ces conquérants ambitieux, tandis que trop souvent, en entendant nommer un homme de bien qui a consacré ses veilles, toutes les heures de sa vie à défendre le bonheur, la dignité de ses semblables, on se demande avec surprise ce qu’il était et dans quel temps il a vécu ».

Le haïku qui ouvre cet article est l’oeuvre de Julien Vocance (1878 – 1954) et est extrait de « Cent visions de guerre », recueil de haïkus qu’il intitula ainsi à son retour du Front. L’homme revint mutilé par un éclat d’obus reçu au niveau de l’oeil et situé trop près du cerveau pour qu’on puisse l’extraire. Il perdit son oeil droit et souffrit de migraines tout au long des années qui suivirent cette blessure.

Le texte qui suit le tercet pourrait avoir été écrit en vue de la commémoration de la Grande Guerre dont on célèbre aujourd’hui la signature de l’Armistice 1918. La teneur de ce texte demeure d’une actualité brûlante, pourtant il fut écrit le 5 juillet 1915 dans le secret d’une alcôve par Clémence Martin-Froment, brodeuse et dentellière vosgienne. C’est en effet un extrait du journal qu’elle rédigea pendant les années de guerre.

L’un et l’autre de ces textes se complètent, se répondent ; des milliers d’autres textes ont été écrits dans ce sens : près d’un siècle plus tard, qu’en avons-nous retenu ?

Jean Le Goff

11 novembre 2013

Bibliographie :

Cent visions de guerre de Julien Vocance

Extrait du journal de Clémence Martin-Froment dans l’ouvrage : Les Poilus, Lettres et Témoignages des Français dans la Grande Guerre 1914 – 1918 de Jean-Pierre Guéno. Editions Librio. Paris 2013. 188 pages.

2 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 86 EDITION SPECIALE »

    • Merci Yvette pour cet article qui rappelle que le souvenir ne doit pas faire oublier toute la manipulation qui a précédée la déclaration de guerre de 1914. En préparant le Haïku du Coeur qui précède j’ai découvert dans l’édition du centenaire concernant Les Poilus que les affiches de cette déclaration de guerre avaient été imprimées… dix ans plus tôt ! Ne restait plus qu’à compléter avec la date ou ce terrible évènement surviendrait. Quant à la journée du 25 août 1914 qui fit 25 000 morts dans les rangs des soldats français en Lorraine, elle dépasse l’entendement.
      Amitiés

      Jean Le Goff

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