HAIKU DU COEUR N° 100

Du masque …

Du masque
déborde
un rire éclatant

Mayuzumi Madoka

Nous voici au numéro 100 de la rubrique « Les Haïkus du Coeur ». Pour ma part, j’y ai contribué à hauteur de 75 d’entre eux et l’attrait dans la réalisation de ces billets est renouvelé à chaque fois. Le plaisir en est d’autant plus grand que des commentaires viennent les prolonger. Merci donc à toutes celles et tous ceux qui chaque semaine lisent ces chroniques et à ceux qui font part de leur intérêt vis-à-vis de celles-ci.

Si j’en crois le dictionnaire des symboles, le nombre cent individualise la partie d’un grand tout, qui n’est lui-même que la partie d’un grand ensemble. Qu’il me soit permis ici de souhaiter que les cent premiers numéros des Haïkus du Coeur soient une partie vivante et durable de la galaxie Haïku toujours renouvelée.

Le tercet choisi et présenté aujourd’hui me parait intéressant à plus d’un titre, c’est pourquoi je vous le livre en partage. Il est l’oeuvre d’une poétesse contemporaine que nous avons déjà évoquée ici et qui a publié un ouvrage intitulé « Haikus du temps présent » dans lequel elle apporte pour chacun des quatre-vingt-quatre tercets qui le compose un éclairage en lien avec son vécu lors de la composition.

Mayuzumi Madoka explique, en regard de ce haïku, combien est répandue l’utilisation du masque au Japon. On a tous vu des passants japonais de la rue arborer un masque tout en faisant du shopping par exemple. En hiver, il s’agit de se protéger des virus qui circulent ou d’éviter le froid. Au printemps, les pollens indésirables se voient retenus par cette barrière. En été, la pollution atmosphérique étant ce quelle est dans certains lieux… Cette pratique peut apparaitre comme incongrue aux Occidentaux que nous sommes.

Mais peut-être aussi, laisse entrevoir la poétesse, que cette habitude est d’autant plus forte chez les Japonais, qu’il n’est pas de bon ton pour eux d’exprimer trop ouvertement ses émotions. Ce tercet, par exemple, fut composé parce que « la personne que j’ai vu ce jour-là devait être dans une période particulièrement faste. La joie débordait de son visage au point que même le masque ne parvenait pas à dissimuler son expression. »

Sans qu’elle soit pourvue de cet objet, on dira d’une personne chez nous : « elle a le masque », lorsque son expression n’a rien de très engageant. Un tel masque n’est guère « porteur » et tous les conseillers en communication en conviennent. De manière caricaturale, pour rompre l’isolement, il s’agit de se modeler un masque avenant même si l’état d’esprit ne suit pas. Dans le même temps, les mêmes inviteront à « rester authentique » ce qui peut sembler compliqué lorsque les circonstances n’y sont pas propices.

Jean Le Goff

18 janvier 2014

Bibliographie :
– Haïkus du temps présent de Mayuzumi Madoka. Editions Philippe Picquier. Paris 2012. 184 pages.
– Dictionnaire des symboles. Jean Chevalier et Alain Gheerbrandt. Editions Robert Laffont. Paris 1991. 1060 pages.

7 réflexions au sujet de « HAIKU DU COEUR N° 100 »

    • Merci à vous et que vos voeux soient entendus !
      Belle année de poésie en 2014 (la poésie ne dissimule pas).
      Bien cordialement

      Jean Le Goff

  1. Ce billet est fort intéressant à un double titre : il nous éclaire, d’une part, sur l’usage du masque au Japon en toutes saisons et, d’autre part, sur les us et coutumes de ce pays quant à la maîtrise de leurs émotions. Ce faisant, il
    contribue à élargir le champ de nos connaissances sur la société japonaise actuelle, s’agissant d’un haïku du coeur écrit par une poétesse japonaise contemporaine reconnue. Merci, Jean pour cet éclairage très pédagogique!

    • Merci à vous pour l’intérêt porté à ces billets et … au plaisir de nouvelles découvertes !
      Bien cordialement
      Jean Le Goff

  2. Cette rubrique j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire ici même est pour moi une véritable bouffée d’air poétique hebdomadaire. Je souhaite à son auteur une autre centaine de haïkus bien ronde et toujours aussi pertinente.

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